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Dimanche 8 avril 2012 7 08 /04 /Avr /2012 20:39

 

Bug Fixing

 

Par Guillaume "Metatron" Woerner

 

 

 

 

 

 

 

 

« Suivez cette route, traversez le pont et vous atteindrez le cœur de l’IA. »

Le mouchard avait pris la forme d’un épouvantail de chrome. Une fois son message transmis, il retomba, inerte.

Kathir ne prit pas la peine de remercier et activa la fonction Fast.

En un clin d’œil, il avait quitté le paysage de rizières pour atteindre le pont. Dans la lumière diffuse du petit matin, l’édifice méticuleusement détaillé tranchait avec la faible résolution des parcelles. Le tablier de pierre luisait comme s’il avait plu, enjambant une faille large de plusieurs dizaines de mètres.

« Voici l’Entry Point », murmura Kathir. Il lissa ses cheveux noirs et fit craquer ses doigts graciles. La mission du jour était un sacré défi pour le jeune informaticien. Son  diplôme de l’institut of Science de Bangalore et sa spécialisation dans le domaine de la performance informatique seraient ses seules armes.

Il manipula son moniteur de poignet.

« Je vais pénétrer les couches basses du programme, annonça-t-il à l’équipe de contrôle.

— Parfait. On active tes logs au niveau maximum. »

La voix grave de Johnny, responsable de l’équipe de développement, était son seul lien avec le monde réel. Ce Belge débonnaire, expatrié en Inde depuis deux ans, apportait une certaine humanité là où les Indiens cherchaient systématiquement l’efficacité.  Dans la salle blanche, le corps bardé d’électrodes de Kathir était plongé dans un coma artificiel pendant que son esprit vadrouillait dans la conscience de l’IA. Il avait toute confiance dans les instructions de Johnny et son CV de vingt pages.

Les premières Intelligences artificielles avaient vu le jour dix ans plus tôt. A l’époque, on avait parlé de miracle de la vie informatique, jaillie de millions de lignes de codes. Aujourd’hui, ces consciences étaient à la barre de départements entiers de certaines multinationales. Par exemple, l’I-Athéna avait fermé de sa propre initiative les trente-neuf usines Nike installées en Indonésie. Elle les avait délocalisées au Nigeria pour s’implanter durablement en Afrique.

« Je persiste à croire que cette intervention n’est pas indispensable, fit une voix en arrière plan dans l’oreillette de Kathir. Ca coûte cher et ça décale le PV de livraison. »

Pasha Sarajan, le responsable de programme, avait toujours été obnubilé par les échéances.

« …Et Kathir s’expose à des dommages cérébraux, compléta Johnny. On en a déjà discuté en copil : qui oserait confier la gestion de la bourse de Tokyo à une IA en perpétuelle surchauffe ?

__ Maudites intelligences artificielles. Est-ce que je rêve moi ? »

Pasha était réputé pour sa faculté à envoyer des mails à cinq heures du matin. Avec réponse attendue dans l’heure.

Les IAs présentaient des facultés cognitives qui défiaient l’imagination. L’imagination justement. Les IAs en avait à revendre. Elles extrapolaient à partir d’un rien, parfois pour leur simple loisir. Cela se traduisait par d’étonnantes simulations d’univers virtuels : les IAs rêvaient. Si on ne régulait pas cette activité onirique, elles pouvaient brûler jusqu’à leur dernière barrette mémoire pour affiner leurs mondes. La première IA n’avait survécu que quelques semaines à ce phénomène inattendu, qu’aucun informaticien n’avait anticipé.

Kathir avait été recruté dans l’équipe de développement de l’IA Sītā. Cet énorme programme occupait des équipes dans le monde entier. Il faut dire qu’à terme, Sītā gérerait l’ensemble des flux financiers de la bourse de Tokyo : on ne rigolait pas avec l’argent.

« Dépose une balise de sauvegarde, rappela Johnny. En cas de mascot, ça te donnera une chance de te joindre au pot de ce soir.

— Au pire, tu feras un bisou de ma part à la serveuse du Sea Spice. »

Repoussant les images de crabe épicé, Kathir pianota sur son clavier et une borne lumineuse se matérialisa au pied du pont.

« C’est parti. »

Il s’élança sur la structure. Au font de la crevasse  bouillonnait un torrent puissant dont les embruns fouettaient les parois rocheuses.

« Le design est déjà sacrément élaboré, remarqua Kathir.

— Tu es sur la zone d’interface. Le rêve commence. A toi de trouver ce qui affecte les performances de Sītā. »

Kathir arriva au bout du pont. La brume qui nimbait l’horizon se leva d’un coup, arrachant un cri de surprise au jeune technicien.

La campagne avait cédé la place à une métropole médiévale aux forts relents orientaux. Des maisons basses formaient un enchevêtrement de ruelles que dominaient palais et pagodes. Banderoles et fanions flottaient au vent, colorant encore un peu plus ce panorama de tuiles rouges et vertes.

Rien à voir cependant avec un quelconque havre de paix.

Les rues étaient le théâtre de scènes déchirantes. Des femmes éplorées aidaient leurs hommes à enfiler des armures de plates en cuir. Les soldats équipés de hallebardes et d’arbalètes se précipitaient à l’opposé du pont, vers des remparts démesurés d’où montaient des volutes de fumée.

« Ca chauffe ici, annonça Kathir. L’IA s’est créée une cité dans laquelle elle anime une flopée d’avatars. Notre problème de performance pourrait venir de là…

__ On va vérifier. Active les traces Introscope qu’on fouille le code. Poursuis la visite pendant qu’on uploade les data. »

Introscope, l’outil indispensable à tout test de performance. Kathir se téléchargea une couverture et en un clin d’œil, il se métamorphosa en un archer chinois.

Il suivi le flot des avatars. Il ne se lassait pas de découvrir ces univers virtuels. Peintres, sculpteurs, metteurs en scènes… Voila ce que voyait Kathir lorsqu’on lui parlait d’IA. La terre avait été domestiquée, explorée dans ses moindres recoins. Les tigres qui faisaient rêver Kathir lorsqu’il était petit ne vivaient plus que dans des zoos. Au contraire, les IAs offraient des mondes inexplorés, où le danger guettait à chaque instant. Car il était un intrus. S’il était découvert, le système lui grillerait les neurones d’une volée de bits.

« Ca barde par ici », annonça-t-il.

Il approchait des remparts crénelés. Blanchis à la chaux, ils s’élevaient à des hauteurs vertigineuses, inenvisageables dans le monde réel. Ils reliaient entre elles des tours de guet  aux structures défiant la gravité. Partout, archers et arbalétriers faisaient pleuvoir la mort. L’ennemi ne faisait  pas semblant. Des feux grégeois passaient en vrombissant comme de gros hannetons au dessus des défenseurs. Ils finissaient leur course au hasard de la ville dans des explosions poisseuses.

L’un d’eux frappa la tour juste au dessus de Kathir.

Ce fut la panique.

Les soldats s’égaillèrent en tout sens, abandonnant leurs armes. Kathir fut jeté au sol par cette marée humaine. Avec horreur, il vit la construction vaciller, avant de s’affaisser comme une pile de vaisselle instable.

D’une commande, il bascula en temps ralenti. L’image vacilla, se brouilla par endroit jusqu’à faire apparaître le code brut, caractères de couleur sur fond noir. La tour paraissait suspendue dans le vide, comme si l’air était devenu aussi épais que de l’huile. Kathir roula sur lui-même et s’éclipsa de la zone de danger.

« Que se passe-t-il, appela Johnny ? Les moniteurs de l’IA s’affolent ! Elle est en train de chercher l’origine de la perturbation ! Tu t’es grillé !

— Pas le choix ! C’était ça ou finir en chapati.

— Il va falloir écourter la mission, annonça Johnny.

— Pas question, ordonna Pasha en arrière plan. On doit finir de récupérer les traces Introscope du rêve. On ne peut y arriver que s’il reste sur place. »

Johnny soupira :

« Tu as entendu, Kathir ? Il faut que tu tiennes encore quelques minutes. Avec ces fichiers, on aura de quoi corriger le bug de performance. »

Facile à dire, songea le jeune informaticien. Maintenant qu’il s’était révélé, le moindre caillou pouvait bondir pour lui crever un œil. Heureusement, l’IA peinait à sortir du temps ralenti. Kathir se rua vers l’escalier qui menait au sommet des remparts. Au milieu des guerriers à demi paralysés, il paraissait aller plus vite que le son. Il atteignit le sommet des murailles et jeta un coup d’œil aux assiégeants. Des nuées de flèches et de carreaux  stoppées en pleine course plongeaient sur les hordes de fantassins mécaniques.  Simulacres de samouraïs constitués d’acier et de ressorts étincelant, ils grinçaient et cliquetaient jusqu’aux échelles télescopiques pour monter à l’assaut. Les défenseurs tentaient de les faire basculer dans les larges douves où ils sombraient comme des pierres.

Kathir mit sa main en visière et scruta la plaine.

« Il en arrive de partout », murmura-t-il en apercevant des bataillons entiers qui surgissaient de l’horizon indistinct.

Le décor fut saisi d’un puissant soubresaut alors que l’IA tentait de relancer le cours du temps. Déséquilibré, Kathir tenta de maintenir son équilibre mais il ne put éviter de bousculer un porte-enseigne. Celui-ci bascula dans le vide, aussi raide qu’une statue.

Il y eut comme un flottement dans l’atmosphère. Les figurants, toujours immobiles, tournèrent doucement leur tête vers Kathir. De la ville et du champ de bataille, des milliers de regard convergèrent vers l’informaticien.

« Cette fois, j’ai vraiment un problème. »

Le temps reprit soudainement son cours.

Archers, portefaix et lanciers se ruèrent sur Kathir. Celui se plaqua aux créneaux pour couvrir ses arrières. Il repoussa une première attaque d’une salve d’inhibiteurs bleutés. Enveloppé d’arcs électriques, un premier rang s’écroula.

Un chuintement métallique fit lever la tête de Kathir. Les abominations mécaniques bondissaient de leurs échelles. Dans les interstices de leurs kabutos grimaçants rougeoyaient des diodes inflexibles. Encerclé ! Kathir esquiva de justesse un katana qui entama la muraille.

Une hallebarde frappa le sol à quelques centimètres de son pied. Une parmi les centaines qui accouraient de partout. Les assaillants étaient si nombreux qu’ils s’emmêlaient, se bousculant les uns les autres, bloquant mutuellement leurs assauts. Mais comment tenir face à deux armées entières ?

Ecrasés par la masse des orientaux et des pantins, Kathir suffoquait. Du bout des doigts, il activa une commande.

Il disparut pour réapparaître à l’aplomb de ses assaillants. Prenant appui sur les casques et les chapeaux, il détala à toute jambe. Bondissant comme des sauterelles, les samouraïs s’élancèrent à sa poursuite. Ils frappaient l’air de leurs katanas effilés, tranchant les hampes de hallebardes et fendant les crânes.

« Johnny, sors-moi de là ! Je vais y passer !

__ Trente secondes, avant la fin de l’upload, gronda Pasha. Encore trente secondes ! »

Une flèche atteignit Kathir au bras. Puis une autre. Il hurla.

« Je ne tiendrai pas ! »

__ Vingt-cinq secondes ! »

Une nouvelle horde de samouraïs surgit pour lui couper la route.

Kathir bifurqua vers les créneaux.

Face à lui le vide.

Sans hésiter, il plongea.

Sa chute fut accompagnée d’une pluie de flèches, carreaux et hallebardes lancées à toute volée.

Le corps de Kathir n’était plus qu’une masse de douleur percée d’épingles.

Les douves l’accueillirent d’une décharge d’eau glacée.

Dans son oreillette, le décompte se poursuivait.

« Quinze secondes. »

Inerte, il  se laissa couler vers les profondeurs. Un point rouge attira l’œil du jeune informaticien. Puis un autre. Au travers des  volutes de vase, c’était des milliers de pairs de diodes qui le fixaient.

Au fond de l’eau, une nuée de samouraïs mécaniques l’attendait. Affolé, Kathir battit des bras pour rejoindre la surface.

Trop tard.

Son corps fut lardé de coups de sabres et l’eau s’emplit de son sang virtuel.

« 5 secondes. »

 

 


 

 ***

 

 

 

 

La salle blanche était le siège d’une activité fébrile.

« Choquez ! »

Le corps de Kathir s’arc-bouta sous la décharge du défibrillateur.

« On était à deux doigts, maudissait Pasha en tirant de rage sur sa cigarette.

— Il fallait le déconnecter, gémissait Johnny en se tordant les mains !

— Taisez-vous, ordonna l’infirmier ! Nous avons un pouls ! »

Kathir roula des yeux hagards sur les visages qui l’encadraient. Blême, il parvint à sourire.

« Qu’est-ce que vous regardez comme ça ?

— Mon vieux, tu reviens de loin, souffla Johnny. La balise de sauvegarde t’a rapatrié in extremis. » Le soulagement était palpable dans l’équipe. On applaudissait, on acclamait.

« Il est trop tôt pour crier victoire, interrompit Pasha ! Nous n’avons pas les traces Introscope. Le problème de performance n’est pas diagnostiqué. Impossible d’y apporter une correction. Sans correction, pas de PV de livraison. Sans PV de livraison, pas de facturation.

— Allons en discuter et laissons Kathir se faire soigner, proposa Johnny.

— Inutile, j’ai vos réponses », intervint le blessé que l’on chargeait sur un brancard.

Les informaticiens échangèrent des regards étonnés. Dans cette discipline, pas de place pour l’extrapolation. Il fallait des faits.

« L’IA rêve d’une ville assiégée, expliqua Kathir d’une voix faible. Des défenseurs chinois assaillis par des guerriers mécaniques.

— Alors, c’est ça, fit Pasha ? Trop d’avatars à animer simultanément ? Il faut faire le ménage !

— Oui, mais pas là où vous pensez. Les douves qui encerclent la ville sont pleines des samouraïs de fer. Ils tombent en grimpant aux échelles. Une fois dans l’eau, ils ne meurent pas. L’IA continue à les animer. Ils sont des milliers piégés au fond. Et Sītā en génère de nouveaux. Leur nombre ne cesse d’augmenter. C’est ça qui bouffe la puissance machine petit à petit. »

Epuisé, Kathir se laissa retomber sur son brancard. Les infirmiers lui posèrent un masque à oxygène et l’emmenèrent.

Johnny et Pasha échangèrent un regard. Ils avaient compris.

« On pourrait introduire un paramètre de température, suggéra Johnny.

— L’eau gèlerait…

— Les robots seraient immobilisés : impossibles de les animer…

— Ceux qui tomberaient se fracasseraient… »

Jonnhy se tourna vers son équipe.

« Allez les gars, au boulot ! Il va falloir faire comprendre à l’IA de rêver par moins vingt degrés. »

Par Guillaume Woerner - Publié dans : Science Fiction
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Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 21:52

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La voie de l'extinction

 

 

Par Guillaume "Metatron" Woerner

 

 

 

 

Le petit avion de papier sembla flotter quelques secondes, puis accéléra brusquement. Il fila entre les piles de livres, frôla le rebord du bureau.

Et s'emplafonna dans la tasse de café en équilibre.

Medard esquissa une grimace horrifiée.

Trop tard.

La tasse bascula, répandant le liquide brun sur les papiers éparpillés.

« MER... credi! » se maîtrisa le scribe.

Le maître bibliothécaire avait interdit les cris autant que les jurons. Pour se conformer à ces consignes drastiques, plusieurs scribes tournaient au lexomyl.

Impuissant, Medard épongea ses feuillets. Sous le café, on devinait un récit patte de mouche de Metatron. Le scribe ne se faisait aucune illusion.

« Je vais me faire engueuleeerrrr ! »

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

Un bulbe, puis un autre.

Le millième de la journée.

Jaonas s’épongea le front et leva les yeux au ciel.

Le soleil resplendissait, illuminant les champs d’une douce lumière mordorée.

Quelle blague !

Les projecteurs à plasma fixés dans le dôme diffusaient un éclairage qui devait reproduire au lux près la lumière de leur soleil d’origine.

Derrière les volutes de nuages artificiels, Jaonas devinait les regards insondables des blops, ces extraterrestres aux yeux immenses.

Des yeux dans lesquels on pourrait se noyer dix fois sans pour autant parvenir à deviner une seule de leurs fichues pensées.

Par exemple, pourquoi avoir construit un dôme de près de quatre kilomètres de diamètres pour abriter une cinquantaine d’humains ? Et pourquoi les visiteurs affluaient-ils, scrutant leurs faits et gestes depuis les galeries qui couraient sur la face extérieure du dôme ?

Jusqu’à preuve du contraire, la communauté ne faisait rien de très folichon.

Ils semaient, plantaient et binaient légumes et céréales à longueur de journée – blé, orge, haricots, carotte, choux, navets … – et faisaient un peu d’élevage – le Groo, une bête qui rappelait le croisement d’un mouton et d’un porc, avec les désavantage des deux : stupide et malodorant. Après tout, leur seule nourriture provenait de ce qu’ils arrivaient à faire pousser.

Mais pas de quoi rameuter les foules.

Et pourtant, parait-il qu’ils étaient le clou du musée. Musée de quoi d’ailleurs ? Les théories les plus fumeuses circulaient. La plus populaire était que le musée renfermait les espèces réduites à néant par les blops. 

Cela faisait quatre-vingt-dix ans que la communauté d’humains vivait dans le dôme.

Depuis la destruction de la terre par les blops, en fait.

 Les vaisseaux blops avaient surgi de l’espace profond et bombardés les puissantes nations qui se partageaient alors la Terre. Une guerre éclaire, sans merci, qui avait transformé le berceau de l’humanité en un caillou stérile. Enfin, c’est ce que les anciens racontaient, puisque aucun membre de leur communauté n’avait jamais connu leur planète d’origine. Jaonas lui-même n’avait que vingt ans. Il enrageait de n’utiliser sa puissante carrure que pour les travaux des champs : il était prêt à se battre pour sa liberté. Trois générations de prisonniers s’étaient succédées, dans une autarcie complète entrecoupée d’examens médicaux. Ça ne pouvait plus durer. 

La rumeur disait que le musée abritait des dizaines de dômes comme le leur, peuplés d’espèces étranges. Elles aussi avaient elles subi la vindicte des blops ? A cette évocation, les doigts de Jaonas se crispèrent sur sa bêche. Maudites créatures barbares. Par leur faute, l’humanité se résumait à une poignée de villageois. Il était question de survie.

Au bout du champ, le vieux Lotar fit un geste autoritaire. Le signal du rassemblement !

Le jeune homme lâcha son outil et leva un doigt vengeur.

« Régalez-vous du spectacle, là-haut ! Nous n’avons pas encore disparu ! »

 

 

 

***

 

 

 

Durant d’innombrables veillées, les anciens racontaient les histoires de la Terre. Il y était question de vastes étendues d’herbe, de forêts profondes, d’océans infinis… et de puissantes cités. Des hommes, des femmes, entassés dans des constructions qui tutoyaient le ciel. Excès de sociabilité ? Protection mutuelle ?

Quel pitié lorsqu’on découvrait le domino de huttes de la tribu du dôme. Construite à partir de la résine d’un étrange arbre rouge, elles se pressaient dans un recoin du dôme. A l’aide du cuir des Groos amassé durant les décennies de captivité, de grands chapiteaux s’étaient déployés, afin d’esquiver le regard inquisiteur des visiteurs blops.

Et c’est sous le plus vaste que la tribu s’était réunie.

Cinquante-trois hommes et femmes, assis en tailleur. Lotar et son crâne rasé qui organisait les travaux des champs. Le vieux Gunthar, le plus âgé de la tribu. Astragan, Mita et leur trois enfants, les seuls du camp de moins de cinq ans. La preuve manifeste que cette communauté était vouée tôt ou tard à la disparition, malgré les jeunes Charles, Jaonas, Lara…  

Et au milieu d’eux, Karelia, l’androgyne. Cet éphèbe à la peau de nacre était le seul humain à vivre hors du dôme et à côtoyer les blops au quotidien. Libre de ses mouvements, il était les yeux de la communauté dans ce monde étrange.

« Toutes les conditions sont réunies, attaqua Karelia sans préambule. Nous pouvons agir dès ce soir. »

Frissons d’excitation dans l’assemblée. Le projet touchait à son terme.

Lotar se leva et des mains, intima le silence.

« Karelia, je ne remets pas ta parole en doute, mais pourquoi ce soir plutôt qu’hier ou demain ? »

Le jeune Karelia sorti de son ample tunique blanche une petite boîte et prisa une mesure de tabac.

« En tant que pièce d’une collection privée, je suis libre de mes mouvements. Cela fait des années que je tente de trouver une logique à la société des blops. Ils errent dans leur infini complexe et semblent perpétuellement désoeuvrés. Mais il y a un signe infaillible.

— Et lequel, fit Jaonas, impatient ?

— Lorsque les moteurs de leurs vaisseaux chauffent. Annonce d’un départ massif pour une expédition spatiale. Dans ces conditions, la ville se vide de ses habitants pendant parfois plusieurs jours.

— Alors, on va le faire, s’exclama le jeune homme ! Nous allons nous multiplier comme des petits pains ! »

Lotar tempera une nouvelle fois les ardeurs de l’assemblée :

« Comment sort-on du dôme ? 

— Il m’a fallu du temps, sourit Karelia, mais je suis parvenu à comprendre leurs mécanismes de verrouillage. C’est basé sur l’ADN superficiel. Je suis parvenu à mettre au point cette… combinaison. »

L’éphèbe désigna trois paquets à ses pieds. Avec précaution, il ouvrit le premier pour en tirer ce qui ressemblait à un film plastique transparent.

« Cultivée à partir de mes propres cellules épidermiques, expliqua-t-il. Il va falloir enfiler cette peau. »

Lotar approcha la main pour toucher et la retira, comme dégouté. Jaonas grimaça. Ce complexe d’infériorité qui frappait la communauté du dôme dès que la haute technologie entrait en jeu était insupportable. Les derniers humains paraissaient comme paralysés dès qu’il s’agissait de manipuler autre chose qu’une pelle ou qu’un râteau. Seul Karelia faisait exception.

Jaonas se saisit d’une combinaison avec un air de défi.

« Je suis le plus fort du clan, dit-il en arrondissant ses muscles sous son T-shirt. Je viens ! »

Son père soupira en baissant les yeux.

Karelia sourit :

« Qui d’autre ? »

 

 

 

***

 

 

 

Le dôme était constitué d’un seul bloc d’une matière translucide, souple mais absolument inaltérable, comme d’innombrables tentatives de fuite l’avaient démontré. Des décennies d’emprisonnement avaient progressivement étouffé cet esprit de révolte. Il n’y avait plus que les carottes, les navets, les patates et les Groos.

Et voila qu’une nouvelle fois, les humains reprenaient leur destin en main.

Karelia jeta un coup d’œil à ses compagnons.

Le grand Jaonas, engoncé dans sa peau synthétique. Lotar, agité de tiques nerveux face à la porte du sas. Et Gunthar, l’ancien, dont l’expérience serait précieuse.

L’androgyne activa un boîtier et un iris s’évasa.

Un rayon de lumière s’élargit au pied des fuyards. Un rayon de soleil ! Ils étaient au pied du mur : il leur fallait quitter le cocon du dôme pour cette ville extraterrestre. Karelia s’élançait déjà sur une route aussi lisse qu’une flaque d’huile.

Jaonas lui emboita le pas, bientôt imité par ses camarades.

L’androgyne se dirigea sans hésiter vers une série de bulles en rang d’oignon, dont la coque translucide laissait deviner des sièges et un panneau de commande.

« Nous allons emprunter l’une de ces Mobulles. Ce sont ces fameux appareils qui avaient tant frappé nos ancêtres lors de… l’assaut des blops sur la Terre. »

Sans même avoir besoin d’ouvrir une porte, l’androgyne franchit le mince champ de force qui tenait lieu de carrosserie et s’installa à l’avant du véhicule.

Le vieux Gunthar et Lotar l’imitèrent après un bref instant d’hésitation. Se retrouver sous un toit, même aussi inconsistant que celui d’une Mobulle, était rassurant.

Jaonas se glissa sur le siège arrière.

La structure était confortable, mais adaptée à la morphologie gracile des blops. Jaonas avait à peine la place de glisser ses pieds devant lui.

Karelia posa sa main sur une plaque lisse et la Mobulle se mit à vrombir et à léviter doucement.

« Il s’agit d’un véhicule anti-grav, assez nerveux. Bouclez vos ceintures et  profitez du paysage ! »

Joignant le geste à la parole, il toucha une autre plaque et la bulle s’éleva vers le ciel d’une brusque accélération. Les trois hommes eurent un cri de terreur et se cramponnèrent aux sièges. La structure intangible du champ de force donnait l’impression qu’à tout instant ils risquaient de passer par-dessus bord pour s’écraser vingt, trente, quarante mètres plus bas.

Jaonas blêmit au fur et à mesure que la Mobulle gagnait de la vitesse et de l’altitude. Mais il ne pouvait quitter des yeux le paysage grandiose qui se déployait. Il voyait à présent leur dôme dans son ensemble, avec les galeries qui couraient sur son flan afin que les visiteurs du musée puissent voir les humains.

Pour la première fois, il pouvait voir les autres dômes dont parlaient les anciens. Peut être une quinzaine en tout, construits sur le même modèle que le leur.

« Qui habite dedans ?

— Des créatures étranges dont je ne connais pas le nom. Amibes  géantes, un genre de myriapode… toutes ces races ont l’air intelligent. Ce musée est une sorte de zoo mais je n’en comprends pas le thème.

— Là, regardez ! » rugit soudain Lotar.

Du doigt, il pointa une grappe de Mobulles qui filaient vers le sol.

« Karelia, tu avais dit que la ville serait déserte, grogna Gunthar. Nous n’avons aucune chance de réussir !

— Savez-vous combien cette ville abrite de blops ? » coupa Karelia, toujours concentré sur le pilotage.

Les hommes s’entr’regardèrent en haussant les épaules. Après un siècle passé dans une tribu de moins de cent personnes, la notion de population n’avait plus de sens pour eux.

« Trente millions, répondit Karelia à sa propre question. Les vaisseaux des blops ont quitté la planète, ce qui nous garantit une relative tranquillité et un musée désert. Mais la ville n’est pas vide pour autant. De toute manière, avec les peaux synthétiques et le champ de force de la Mobulle, vous ne risquez rien.

— Où as-tu appris à piloter cet engin ? » s’enquit Lotar, impressionné par les mains de Karelia qui virevoltaient sur les commandes.

« Je suis une pièce de collection. J’appartiens à un blop, dont j’ignore jusqu’au nom, mais qui me laisse une liberté de mouvement absolue. Il m’exhibe parfois auprès de ce qui doit être ses amis.

— Comment peux-tu supporter de côtoyer ces monstres, cracha Jaonas ? Ils ont réduit notre Terre en poussière et nous traitent comme des animaux !

— J’ai accès à tous les bâtiments, poursuivit Karelia. La société des blops reste un mystère pour moi, mais ils semblent très attachés à la sauvegarde du savoir, et mettent un point d’honneur à en faciliter l’accès. Aussi ai-je pu parcourir des archives édifiantes. »

Le vieux Gunthar s’agita sur son siège, mal à l’aise.

« Journaux, comptes-rendus militaires, dossiers secrets, énuméra l’androgyne… Des documents datant des derniers instants de la Terre. Les bombes pleuvaient, les armées se jetaient les unes contre les autres. Terre, mer, air… Rien n’échappait à la fureur des combats. 

— Les blops ne nous ont laissé aucune chance, grinça  Jaonas…

— Dis plutôt que c’est un miracle qu’ils soient parvenus à sauver quelques centaines d’humains, rescapés de la guerre atomique que nous avions nous même déclenchée. »

Le silence tomba sur la Mobulle qui amorçait sa descente.

Lotar, les yeux ronds, se tourna vers le vieux Gunthar :

« Tu savais ? »

C’était moins une question qu’une affirmation.

« A quoi bon ressasser un passé dont nous avions honte ? Les plus vieux du camp ont décidé de taire ce douloureux secret. Pour ne pas écraser les nouvelles générations sous le poids des fautes de leurs aînés.

— Et nous faire grandir dans le mensonge, explosa Jaonas ? Je hais les blops depuis que je suis petit ! Et voila qu’on m’apprend que ce sont nos sauveurs !

— Nous aurons tout le temps d’en discuter plus tard, coupa Karelia. Nous arrivons. »

La Mobulle plongeait vers une imposante structure qui dressait vers le ciel ses innombrables flèches jaillies du sol comme un geyser de pierre démesuré. 

Les autres bâtiments alentour semblaient insignifiants à coté de ce complexe autour duquel vadrouillaient Mobulles et autres cargos.

« A partir de maintenant, il va falloir s’accrocher.

— Nous sommes prêts », grogna Lotar, encore sonné des révélations de l’androgyne.

Celui-ci passa plusieurs ordres sur le panneau de commande et la Mobulle accéléra subitement vers un étroit passage sur le flanc de l’édifice.

Ignorant la plate-forme de stationnement, Karelia lança son véhicule dans un couloir. Avec  un crissement affreux, une pluie d’étincelles jaillit des murs heurtés par le champ de force.

« Des blops ! » avertit Lotar.

Des dizaines de petits extra-terrestres se trouvaient sur la trajectoire de la Mobulle lancée à toute vitesse.

« Il ne faut pas leur faire de mal ! » hurla Jaonas, lui qui rêvait d’en découdre avec eux depuis si longtemps.

« N’ayez pas peur », fit Karelia sans ralentir.

La Mobulle allait heurter un premier groupe de blops, quand ceux-ci disparurent subitement. Jaonas regarda derrière et les vit réapparaitre.

« Ils ont tous un télétransporteur personnel » expliqua l’androgyne en s’engouffrant dans un nouveau conduit.

La Mobulle filait, entourée par la sarabande des télétransportations, jusqu’à déboucher dans une immense salle voutée, baignée d’une lueur verdâtre.

Le véhicule s’immobilisa après un terrible freinage. Karelia bondit hors du véhicule.

« C’est ici ! Dépêchez-vous avant que les blops ne s’organisent. »

Jaonas s’élança à sa suite, avant de s’arrêter, ébahi.

La lumière verte provenait d’une immense cuve qui occupait la moitié de la salle, et dont les parois allaient jusqu’au plafond.

A l’intérieur, un liquide bouillonnant, dans lequel dérivaient des formes indistinctes.

Un instant, Jaonas se remémora ces aquariums dont parlaient les légendes de la Terre.

« Voici la cuve de clonage de la ville, fit Karelia. De quoi démultiplier notre population en neuf mois ! »

Alors que les hommes se précipitaient vers la cuve, il y eut un éclair. Un blop apparut  devant eux. Puis un autre, et encore un autre. Il y eut bientôt une nuée de blops qui barraient l’accès au système reproducteur de la ville. Une opposition muette, alors que les extraterrestres fixaient les intrus de leurs grands yeux.

« Que fait-on, fit Lotar ? On se fraye un passage ? »

Il fit un pas menaçant, mais les blops ne bronchèrent pas. Au contraire, ils continuaient d’affluer et bientôt, les hommes se retrouvèrent au centre d’une marée de créatures.

« Nous ne sommes pas équipés pour lutter, fit Karelia, dépité. Je crains que notre tentative ne soit un échec. »

Un blop s’avança. Il était comme des milliers d’autres, sans aucun signe distinctif.

De ses doigts souples, il saisit la main du vieux Gunthar.

« Que veut-il ? » murmura Jaonas.

Le blop tira doucement l’homme vers lui. Gunthar le suivit de son pas claudiquant. La foule des blops s’écarta alors que l’homme était mené jusqu’au pied de la cuve de clonage.

« Je crois qu’ils acceptent de le cloner, souffla Karelia. Les blops nous ont sauvés il y a cent ans et ils vont le faire une fois encore.

— Comment cela se passe-t-il ?

— Ils vont le plonger dans la cuve. Des cellules vives de son corps naîtra une foule de clones…

— Alors il va passer ses derniers jours dans cette mélasse, coupa Lotar ?

— Quand comptais-tu nous parler de ce détail, gronda Jaonas ? Il n’avait été question que de quelques gouttes de sang… »

Karelia haussa les épaules :

« Ça n’a plus d’importances à présent. Notre descendance est assurée. »

Le vieux Gunthar avait saisi le destin qu’on lui proposait. Son visage ridé affichait un mélange de terreur et de soulagement. Il fit un petit signe de la main à ses compagnons.

Dans un doux chuintement, la porte du sas se referma sur lui.

 

 

 

 

Par Guillaume Woerner - Publié dans : Science Fiction
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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 22:52

 

 

 

- Chronique -

Les Crânes de l'Apocalypse

 

Roman de Serge PARMENTIER  - Editions Rivière Blanche 

 

 

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Gilles Novak, directeur du magazine Sciences Cachées, reçoit par colis un mystérieux crâne de cristal accompagné d’une invitation. Le voila lancé sur la trace des autres crânes accompagné de Albert, capable de voyage astral.

 

On va tuer le suspens tout de suite : « Les Crânes de l’Apocalypse » n’est pas le meilleurs livre publié par Rivière Blanche.

Le livre regroupe les théories ésotériques les plus classiques (atlantes, cavité sous le sphinx, voyage astral…) pour proposer un voyage autour du monde sur les sites « énergétiques » les plus courus (temple inca, île de paques, Egypte…).

Selon moi, la raison de la publication de ce livre est à chercher ailleurs que dans la pure qualité littéraire de l’ouvrage. Je vois ce roman comme un double hommage.

Un hommage à Jimmy Guieu, le créateur du personnage de Gilles Novak, et décédé en 2007.

Et un autre hommage à Serge Parmentier, autorisé à poursuivre les aventures de Novak dont il était fan et lui aussi, décédé en 2010.

La longue préface de Philippe Ward, directeur de Rivière Blanche, montre l’implication de Serge Parmentier dans la construction de plusieurs romans de Rivière blanche (relecture, exhumation d’archives romanesques…). C’est suite à cette longue immersion bénévole dans le monde de l’édition que Philippe Ward a mis Serge Parmentier au défi de se lancer dans l’écriture d’un roman. Je vois l’édition des Crânes de l’Apocalypse  comme un grand merci, la possibilité de réaliser un rêve.

Alors bravo à Rivière Blanche pour cette attention. En espérant que les fans du personnage de Gilles Novak y trouvent leur content d’aventure.

Par Guillaume Woerner - Publié dans : Chroniques
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Jeudi 29 décembre 2011 4 29 /12 /Déc /2011 09:17

 

 

 

- Chronique -

Des nouvells du Celsa

 

Recueil de nouvelles aux Editions Kyklos

 

 

9782918406211

 

Grande école rattachée à l'université Paris-Sorbonne (Paris IV), le CELS A dis p ense de s formations de haut niveau en journalisme, communication, marketing, publicité, médias et ressources humaines.

Le recueil Des nouvelles du Celsa constitue un échantillon des meilleures nouvelles rédigées par les étudiants et sélectionnées par un jury de professeurs. Initiative originale, ces sept nouvelles sont à présent publiées aux Editions Kyklos. Je les remercie en passant de m’avoir fait parvenir ce beau recueil : la lecture est rendue confortable par une police large et des paragraphes aérés et surtout, quel plaisir de manipuler ce beau papier qui donne un aspect luxueux au produit fini. Dommage que la couverture soit si dépouillée.

Ouvrons ce bel ouvrage pour découvrir ce que nous proposent les sept auteures. Oui, il n’y a que des filles !

 

 

 

Pelure d’Oignons (Par Sophie Dupin de Saint Cyr)

 

Pelure d’Oignons, le lapin le plus mignon du monde, fait le bonheur de son clochard de maître. C’est même son gagne pain dans ce Paris arpenté par des truands.

Si vous cherchez du misérabilisme contemporain, passez votre chemin ! Ici, ça bouge !

Mâtin ! Quelle plume ! C’est enlevé, dynamique, pétillant ! Avec en prime, une expression digne de Fred Vargas (c’est un compliment ;)) : « faire pancarte » !  

Cependant, défaut il y a : la dernière partie, avec l’épicier arabe, est en trop. Elle ne fait que reprendre la recette des rebondissements précédents. Le récit s’essouffle. D’autant que c’est dommage, car il me semblait que la scène où les deux sœurs se retrouvent sous le pont avec le clochard pouvait faire office de fin.

 

 

Salaud de Deacon, pauvre Bridget (Par Laurence Gardella)

 

Dans les hauts de l’île de la Réunion, les femmes se tournent volontiers vers Saint Expédit, qui a la faculté d’exaucer leurs prières pour le meilleur… mais aussi pour le pire. Car qui peut deviner les desseins d’une entité séculaire ?

De toute évidence, ce ne sera pas le lecteur. Saint Expédit, en répondant aux prières des femmes, change la société en profondeur. Mais on ne voit pas quelle est la finalité de tout ça. Le texte dénonce t-il les malheurs de la femme réunionnaise ? Ou au contraire vise-t-il à souligner qu’en demandant, on n’obtient pas forcément ce qu’on veut ? Ou encore qu’un génie peut se piéger lui-même ? Bref, le fameux contrat avec le lecteur dont parle Orson Scott Card n’est pas limpide. Le lecteur peut se consoler avec les scènes de la vie quotidienne à la Réunion et quelques mots de créole.

 

 

Espoir et Spire (Par Justine Richard)

 

Scènes de vie de la famille Brest, modestes cultivateurs de choux de la vallée du Roundwihr. Voila la quadrature du cercle : d’un côté, Père Brest, maman Brest et leur rejeton, symboles d’immobilismes. De l’autre, Lou la pétillante adolescente qui étouffe dans cette vallée. L’originalité du récit, c’est ce découpage en cours chapitres, Cercle du village, cercle de Lou… Une impression de zoom bien rendue, avec des descriptions qui parviennent à traduire la sclérose de la famille Brest. Cependant je regrette une certaine facilité dans certains détails : une héroïne rebelle et rousse (quoi de plus banal), des paysans (je n’ose même pas employer le terme agriculteur) quasiment inhumains à force de répétition des mêmes gestes (j’allais dire qu’ils tournaient en rond !), et une fin inéluctable, qui ne laisse du coup aucune surprise. Une nouvelle sauvée par la  plume de l’auteur, habile à multiplier les habitudes et rituels d’un quotidien lénifiant.

 

 

Les silences de Minh (Par Sophie Peltier-Le Dinh)

 

Minh fuit le Viet Nam pour la France. Un pays où il lui faudra se reconstruire au travers des évènements des années 60. Une fresque mélancolique qui s’étale sur plusieurs dizaines d’années. La narration est douce, toute en nuance, en phase avec Minh, personnage effacé mais qui pourtant parvient à mener sa barque. Une nouvelle optimiste où on voit que rien n’est irréversible. 

 

 

L’éclipse (Par Marianne Barrett)

 

Un thème difficile, celui de la perte de l’être aimé, et du trou noir qui s’en suit.

Paradoxalement, j’ai trouvé que les pages décrivant le décès et le manque affectif étaient plutôt fades. On retrouve un bouillonnement d’émotions qui finalement sonne déjà entendu. Comme quoi, mes lectures et/ou films m’ont probablement saturé de scènes dramatiques ! La nouvelle prend son envol après les pages blanches marquant l’écoulement des mois. La remontée de l’enfer est bien dosée et touchante. Renouer les liens avec les choses du quotidien, les amis, le travail… D’autant plus que je connais plusieurs des lieux évoqués et j’ai parfaitement visualisé les scènes (RER B, son terminus…). Dommage que l’homme bouée de sauvetage soit si mystérieux. Une solution de facilité qui permet cependant de maintenir Sophie sous la lumière, elle qui en a tant besoinJ.

 

 

Pomme de Discorde (Par Clara Melot)

 

Vincent, qui tient un stand de tire dans une fête foraine, croyait avoir laissé son ancienne vie dans les brumes du passé. Mais le regard inquisiteur d’une petite fille l’oblige à faire face aux démons qui le hantent.

Cette nouvelle, superbement écrite, est peut être ma plus grande déception. L’écriture est magnifique, les mots s’écoulent, la fête foraine prend vie, avec ses cornets de frites, le boche et ses chevaux de bois… Les pensées torturées de Vincent se déploient de manière presque palpable, grâce à une narration pour moitié à la première personne.

Et pourtant, déception car en trente pages, il n’y a pour ainsi dire qu’un seul et unique rebondissement (révélations sur la petite fille), pour aboutir une chute aussi improbable qu’en complet déphasage avec le reste de l’histoire. Mais je ne doute pas qu’avec une telle maîtrise de la plume, le prochain essai ne manquera pas la cible.

 

 

Démon du jeu (Par Noémie Fachan)

 

Négligée par leur mère, Helga et Helmut se tournent vers les jeux vidéo pour trouver un sens à leur vie. Mais quand le jeu devient la vie, la vie devient un jeu.

Moderne, drôle et grinçant à la fois, cette nouvelle est mon coup de cœur de ce recueil. Une franche réussite, alors que l’auteur a pris plusieurs risques dans la forme : tchat entre deux personnages, configuration d’un personnage dans le jeu Another Life… Cette forme pourra rebuter les lecteurs les plus classiques, mais constitue selon moi une belle ouverture vers ce que pourrait être le roman de demain. Après tout, le tchat devient une forme de dialogue aussi établie que l’oral. Alors pourquoi ne pas le décliner dans l’écrit ? En tout cas, bravo pour ces personnages bien campés, et cette fin glaçante !

 

 

 

 

Conclusion

 

Sept auteures d'une vingtaine d'années, pour sept nouvelles qui présentent toutes un point commun : une finesse de plume redoutable. Vous l'aurez compris, je suis plus circonspect sur le scénario de plusieurs des nouvelles, mais nos sept jeunes filles ont déjà dans leur arsenal une écriture colorée, émouvante et dynamique. Espérons que la coopération du Celsa et de Kyklos se poursuive : quelle chance de pouvoir entrer dans le bain de l'édition si vite !

 

 

Par Guillaume Woerner - Publié dans : Chroniques
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Mercredi 16 novembre 2011 3 16 /11 /Nov /2011 21:24

 

 

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Croix de Savoie

 

 

 

 

 

 Par Guillaume "Metatron" Woerner

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Emmanuel salua encore une fois la foule en liesse depuis le balcon d’honneur.

« Savoie ! Savoie ! »

Les fusées illuminaient les massifs montagneux des Bauges et de la Chartreuse qui dominaient Chambéry, hissée au statut de capitale.

Après un dernier signe de main, le nouveau président s’arracha aux acclamations pour rejoindre les salons du palais de justice, où les VIP se mêlaient aux fidèles de la première heure.

Le champagne coulait à flot.

« A la Fédération de Savoie ! Et à son président ! »

Le toast fut repris en cœur par les convives.

Tout sourire, Emmanuel se saisit d’une coupe sur un plateau et leva son verre :

« A la Savoie ! Et à ses gardiens ! »

Des années de lutte et de tractations complexes trouvaient leur aboutissement ce soir. L’heure était à la détente.

Après tout, ce vingt-neuf septembre devenait à compter de ce jour la fête nationale de la Fédération de Savoie !

Laissant ses invités profiter de la fête, il se fraya un chemin dans la cohue jusqu’à son bureau. Un chemin jalonné de poignées de main, de tapes sur l’épaule et d’embrassades.

Mais ce fut avec délice qu’il claqua la lourde porte matelassée de cuir derrière lui.

Enfin seul, il desserra sa lavallière avant de se laisser tomber dans son fauteuil.

Bel homme de quarante cinq ans à la crinière blonde, il avait cette largeur d’épaule qui en imposait sans excès. Cette image rassurante l’avait beaucoup aidée durant sa campagne, mais aussi au cours des négociations avec la France, où ses talents de diplomates avaient fait merveilles.

« Emmanuel Doria, président de la Fédération de Savoie. » dit-il à voix haute.

Ses arrières grands parents avaient régnés sur l’Italie à la charnière du XIXe et du XXe siècle. En remontant plus loin, on retrouvait parmi ses aïeux une longue série de ducs de Savoie. Se retournaient-ils dans leur tombe aujourd’hui ? Malgré ses origines prestigieuses, il n’en avait jamais fait étalage. Il s’était fait un nom localement après avoir travaillé en tant qu’architecte sur plusieurs tunnels dans les Alpes. A cette époque, il avait déjà intégré la Ligue Savoisienne. Vingt-cinq ans de lutte pour atteindre le graal de l’indépendance.

Le président ouvrit un placard et en sortit une bouteille de Whisky, un Lagavulin 50 ans  d’age, offert par l’Ecosse, pays ami.

La porte du bureau s’ouvrit discrètement.

« Je savais que te trouverais ici, fit Jean Allenbach, en se glissant par l’entrebâillement.

— Sacrée journée ! Qui aurait cru que tout se passerait si vite ?

— Rien ne pouvait entraver la marche de la Savoie libre, monsieur le président. »

Emmanuel s’esclaffa, en lui tendant un verre. La nervosité habituelle de Jean, à laquelle il devait sa calvitie, avait fait place à une douce euphorie.

« Il faudra vous y faire, et pour les cinq prochaines années !

— C’est vrai ! Bon sang quel succès ! 78 % de oui à l’indépendance ! Et dans la foulée, me voici élu avec 60% des suffrages !

— Alors à la votre, fit Jean en levant son verre.

— Puis-je vous interrompre quelques instants ? »

Marzio Lovini était entré sans que les deux hommes ne l’entendent.

Grand, mais efflanqué, cet ancien professeur de musique était un formidable travailleur de l’ombre. Il voyait l’arène politique comme une gigantesque symphonie, avec ses clés de sol, ses ut, contre-ut, crescendo et fortissimo. Jamais plus à l’aise que dans les réunions informelles où son esprit acéré faisait des ravages, il pouvait se fondre dans les basses ou jouer solo.

« Quel hommage pour le simple président que je suis ! Me voici réuni avec les deux principaux artisans de notre victoire !»

Il tira de son tiroir un verre supplémentaire.

« Prends-en un de plus, fit Marzio. Il y a un notable qui brûle d’impatience de te rencontrer. »

Comme à son habitude, le conseiller ne s’embarrassait pas du protocole. Il était direct et abhorrait les discussions oiseuses. Cependant, le ton qu’il employait tenait plus de l’ordre que de la sollicitation.

« Et bien, fais-le entrer ! »

Il s’effaça pour céder le passage à un homme au visage poupin barré d’une moustache poivre et sel. Grand, impressionnant de carrure, ses yeux d’un bleu limpide trahissaient ses origines slaves.

« Pazdravliaïèm ! » lança-t-il.

Dans un mélange de russe et de français, il s’élança pour congratuler le nouveau président, avec forces embrassades et poignées de main viriles. De toute évidence, il avait déjà bien profité de la soirée.

Surpris et amusé par une telle démonstration, Emmanuel ne put s’empêcher de sourire.

« Et bien, monsieur, bienvenu en Savoie ! Mais nous n’avons pas été présenté ! »

Marzio s’approcha et distribua les verres de Whisky.

« Voici monsieur Saprodinov, grand amateur de Listz, ce qui ne manque pas de sel puisqu’il est aussi plénipotentiaire de la république autonome des Komis.  Il serait honoré si son pays pouvait être le premier à ouvrir une ambassade chez nous. »

Le nouveau président, pris de court, jeta un regard en coin à Jean.

« Les Komis ? »

Le Russe éclata de rire et flanqua une nouvelle bourrade sur l’épaule du président.

« Komis, république autonome du Nord de Russie, à l’ouest de Oural. Beaucoup pétrole, gaz, or,…

— A vrai dire, intervint Marzio, les Komis jouissent d’un sous sol exceptionnel et des fortunes colossales se sont construites là bas. Ce qui leur a permis de construire une très belle salle de concert à Syktyvkar. » glissa-t-il en aparté.

Emmanuel était loin de maîtriser les arcanes de la politique intérieure russe. Il se méfiait de ces immenses territoires gouvernés par des oligarques tout puissants. Voir le nom de la Savoie associée aux Komis nécessitait quelques vérifications. Qui disait qu’on ne trouvait pas là-bas une situation comparable à celle du Daguestan ou de la Tchétchénie ?

« Monsieur, la Savoie vous remercie de l’attention que vous lui portez. Votre demande sera étudiée lors du conseil de demain après-midi. En attendant, trinquons !

— Na zdorovié ! »

Le Russe leva son verre et avala cul sec le breuvage. Un instant, Emmanuel crut qu’il allait jeter le cristal par-dessus son épaule.

« Je venais excuser, reprit Saprodinov en posant sa main sur le cœur. Je ne pourrai assister au conseil. »

L’atmosphère se refroidit subitement, alors qu’Emmanuel interrogeait à nouveau Jean du regard.

« Mes excuses, reprit le Russe. Voyage en Suisse prévu de longue date. Je ne pourrai pas venir. »

Evitons un premier incident diplomatique, songea Emmanuel en se passant une main dans les cheveux. Il fit le tour du bureau pour revenir dans son fauteuil. Il était temps de marquer quelques distances.

« Je regrette, mais ce n’est pas envisageable. Le conseil regroupe le président de l’état fédéral, les ministres, …

— Et le gouverneur de la Banque de Savoie, compléta Marzio.

— Absolument, conclut Emmanuel, agacé par cette situation ubuesque. M. Lefever sera des nôtres.

— M. Lefever a quitté ses fonctions suite à réunion exceptionnelle du conseil d’administration, expliqua M. Saprodinov. Komis détiennent 51% des obligations émises par Banque de Savoie. Aussi, je très honoré d’avoir été désigné comme nouveau gouverneur. »

Le Russe gonfla le torse et ouvrit les mains.

« Je très heureux de participer au développement de votre pays. »

 

 

***

 

 

Abandonnant les rues encombrées de fêtards, la Mercedes s’élançait sur la A41 en direction d’Annecy. A cette heure de fête, la chaussée était déserte et les barrières de péage ouvertes.

« Ils vont m’entendre là-bas ! » cracha Emmanuel en frappant son accoudoir en cuir.

Jean servit les cafés d’une main tremblante. Sa nervosité avait repris le dessus.

« Gardons notre sang froid. Tout ça n’a pas pu arriver si vite !

— Il y a encore un mois, nous étions rattachés à la France, rappela Marzio, étonnamment calme.

— Comment personne n’a-t-il pu s’apercevoir que nos obligations à peine mises sur les marchés s’envolaient pour atterrir en Russie ?

— Nous avons manqué de prudence, concéda Jean. Mais les achats étaient effectués par des dizaines de petites structures localisées dans le monde entier. Comment deviner qu’il ne s’agissait que d’écrans pour la République des Komis ? »

Emmanuel siffla son café d’un trait. Le liquide brûlant estompa les vapeurs d’alcool dans lesquelles il baignait depuis le début des festivités. Il était temps de retrouver ses esprits. Le chauffeur menait la berline à toute vitesse et bientôt, le lac d’Annecy apparut dans toute sa beauté, reflétant la lune et les feux d’artifice. Emmanuel fut saisi par l’apaisement qui le gagnait chaque fois que son regard portait sur ces eaux limpides.

Ragaillardi, il profita du spectacle alors que la voiture suivait un itinéraire bis pour contourner les grands axes. Ils atteignirent enfin l’ancien atelier monétaire du Genevois, à présent siège de la Banque de Savoie. L’impressionnant bâtiment blanc prenait alternativement les teintes des fusées qui explosaient dans le ciel étoilé.

Emmanuel monta les marches du perron quatre à quatre, suivi de Jean et Marzio. Un groupe d’hommes en costume palabrait dans le hall.

Le nouveau président frappa à la porte vitrée avec autorité.

Les hommes se retournèrent, révélant leurs mines défaites. Ils firent signe aux vigiles en service de déverrouiller la grande porte.

« Allez vous m’expliquer ce qui s’est passé ici ? » tonna Emmanuel une fois qu’on l’eut fait entrer. Il avisa un homme d’une soixantaine d’années, qui gardait les yeux rivés au sol.

« Vous, Lefever, cracha-t-il en pointant un doigt menaçant ! Ce matin encore, vous étiez gouverneur de la Banque de Savoie. Par quel prodige avez-vous été contraint de céder votre siège à un Cosaque ? »

Lefever, dont l’esprit faisait vibrer les cercles politiques de toute la France, semblait ce soir accuser son âge. Il jeta un regard hagard à son président, en haussant les épaules.

« Montons dans un bureau, conseilla Marzio. La musique de chambre nous fera du bien. »

Pour la seconde fois de la soirée, on sentait sous cette proposition un ordre à peine déguisé. Emmanuel fronça les sourcils tout en se laissant entraîner vers l’ascenseur, accompagné de Jean et de Lefever, qui suivait tel un zombi. Le reste du conseil d’administration était trop heureux d’éviter les questions.

« Qui a accepté de voter pour ce Saprodinov ? » commença sévèrement Emmanuel une fois parvenu dans la grande salle de réunion. « Les votes se font à main levée : donnez moi tous les noms. »

— Il est trop tard, souffla Lefever d’une voix chevrotante. Trop tard pour faire marche arrière.

— Pourquoi avoir cédé si vite, et sans consulter le gouvernement, tenta Jean ? La banque de Savoie est un organisme public : ce n’est pas pareil que de détenir 51% d’une société privée !

— Ce Saprodinov nous aurait fait céder, explosa Lefever. L’indépendance a été acquise en acceptant le transfert d’une partie de la dette française à la Fédération savoyarde. Nous vivons largement à crédit. Notre stratégie était de gagner rapidement la confiance des marchés.

— En détenant autant de nos obligations, les Komis peuvent faire obstacle à tous nos emprunts, poursuivit Marzio. Sans bailleur de fonds, La Fédération deviendrait un état aux abois. Nous aurions du imposer un tel plan de rigueur, que le peuple se serait détourné de nous.

— Il aurait réclamé un retour dans le giron français. » souffla Jean à mi-voix, saisissant les implications.

Emmanuel, les mains sur les hanches, fit quelques pas dans la grande salle.

« Et qu’espère ce Saprodinov, en s’invitant chez nous ?

— Le secret bancaire absolu. » lâcha Lefever.

Les hommes s’entr’regardèrent. La situation aurait pu prêter à sourire. Par la fenêtre, Annecy était parée de ses plus belles couleurs, et les fanfares parcouraient la ville, fêtant l’indépendance et leur nouveau président. Un président qui se retrouvait quelques heures seulement après son élection à devoir lutter pour sauver son pays.

« Ces messieurs des Komis brassent des sommes d’argent considérables, grâce à l’extraction du gaz, du pétrole, et de toutes les merveilles que contient leur sous sol. Saprodinov a proposé que la Banque de Savoie devienne le réceptacle des plus grandes fortunes de Russie, et même du monde.

— Tous les paradis fiscaux se sont vus contraints de lever le voile sur leurs établissements financiers, renchérit Marzio. La Savoie n’est encore signataire d’aucun traité. Nous avons une partition vierge. Libre à nous de battre notre propre mesure. Pour devenir le pays le plus riche du monde ! »

Un rugissement monta de la gorge d’Emmanuel. Incapable de contenir sa rage, il se rua vers son conseiller. D’une poigne vigoureuse, il le saisit par le col et le plaqua contre la porte.

« Tu étais complice ? Tu nous poignardes dans le dos le soir de notre victoire !

 — Au contraire, répondit Marzio de sa voix calme. J’assure l’avenir de notre pays. La Suisse nous fournira les banquiers compétents. Savoie, état du luxe ! Eldorado des milliardaires ! Voila ce que nous allons devenir. Avec ces fonds, tous les projets sont permis. Parc d’éoliennes, JO d’hiver, orchestre symphonique… »

Incapable d’en entendre plus, Emmanuel le frappa au visage. Immédiatement, Jean s’interposa et tira le président en arrière.

Marzio tomba au sol et tâta sa mâchoire, incrédule.

« Vous feriez mieux d’être prudents, siffla-t-il en se relevant. Je suis en mesure de faire annuler le scrutin d’indépendance aussi vite qu’elle a été promulguée.

— Que vas-tu nous révéler à présent, rétorqua Jean ? Que Ben Laden est vivant ? »

Le félon se releva et toisa ses anciens compagnons avec un petit sourire triomphant :

« N’avez-vous jamais été surpris de découvrir les résultats du référendum ? 83% de oui à Thônon, 77% à Bonneville, 76% à Annemasse… La barre fatidique des 75 % a été aisément franchie dans toutes les villes majeures. Etonnant lorsqu’on sait que les sondages des années 2000 donnaient péniblement 50 % pour un détachement de la France.  

— Les ligues savoyardes n’ont jamais cessé leurs actions militantes, se récria Jean ! L’assemblée des Pays de Savoie nous dotait d’une assise politique reconnue par l’état !

— Laisse-le poursuivre, intervint Emmanuel. Qu’as-tu à nous dire ?

— Que nous devons notre indépendance à la République des Komis, qui n’a pas hésité à faire le sale boulot pendant que nous arpentions les salons parisiens. »

Lefever se laissa tomber sur une chaise.

« Ils ont truqué le scrutin ? »

Silencieux, Marzio se servit un verre d’eau à la fontaine. Sur la bombonne, un autocollant Evian arborait fièrement l’écusson de la maison de Savoie. Quelle ironie ! Emmanuel s’était préparé à prendre en main le destin de son pays depuis tant d’années. Il pensait avoir redonné la fierté à ses montagnes. Et voila qu’il les avait jetées dans la gueule d’un état dont il ne connaissait rien. Pour le coup, ses ancêtres devaient vraiment se retourner dans leur tombe.

« Je refuse de me prêter à une telle mascarade, fit-il. Si rien ne peut être fait pour stopper l’intrusion des Komis dans notre pays, je présenterai tout simplement ma démission. »

Marzio écrasa son gobelet en plastique :

« A ton aise. Mais réfléchis bien au point suivant : contrairement au référendum, ton élection n’était pas truquée. La république des Komis ne compte orienter que les décisions économiques de notre état. Infrastructures, social, … Tu auras carte blanche pour tout le reste avec des moyens que tu n’aurais jamais imaginé. »

Par la grande baie vitrée, Emmanuel contempla le lac d’Annecy, indifférent à l’agitation du monde. Il était à présent deux heures du matin passées. L’heure de faire un choix qui engagerait tout un peuple.

Les derniers feux d’artifice illuminèrent les toits de la ville encore un instant avant que la nuit ne reprenne ses droits.

 

 

Par Guillaume Woerner - Publié dans : Divers
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Dimanche 16 octobre 2011 7 16 /10 /Oct /2011 20:56

 

 

 

Main Gauche, main gauche

 

 

Par Guillaume "Metatron" Woerner

 

 

 

 

 

Medard feuilletait le journal l'Epique.

La une était consacrée à la victoire des Reiklands Reavers en final du Blood Bowl contre les Giants Nains. En double page centrale s'étalait la photo de la mêlée qui avait mobilisé les deux équipes au début de la seconde mi-temps. La résolution était si bonne qu'on parvenait à distinguer les coups par derrière, les morsures et les dents brisées. Mais aussi le nain Grugni, mort étouffé sous les bottes ferrées de ses comparses, et le receveur remplaçant des Reiklands, sur qui on avait diagnostiqué le record de cinquante cinq fractures à la fin du match. Il entrait ainsi dans la légende du Blood Bowl.

Medard referma le journal.

Le Blood Bowl était un sport magnifique ! Quel dommage qu'il soit interdit à Conflux, sous prétexte de santé public !

Ce combiné de violence et de tactique générait adrénaline à profusion, sur le terrain comme chez les spectateurs. On vibrait lorsqu'un blitzer percutait un adversaire pour lui planter dans les côtes son armure à pointes ; on pleurait de joie quand cette passe improbable arrivait dans les bras du receveur ; on huait les blessés adverses qui ne parvenaient plus à reprendre le match...

 

Medard partageait cette passion avec Metatron, dont les carnets étaient remplis d'anecdotes édifiantes sur ce beau sport. Le scribe ramassa sur son bureau les feuillets du texte qu'il avait péniblement retranscrit d'après des notes manuscrites. Voila un texte qui fleurait bon la sueur, l'herbe piétinée et le sang.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

« Qu’est ce que je fous là ? Je devais couvrir l’aile droite ! »

Rupen fixa Morg’n Thorg qui courait balle en main, droit sur lui.

Deux cents kilos lancés comme un boulet de canon.

Entre l’ogre et la ligne de Touchdown, Rupen.

Pas d’alternative.

Le trois-quarts prit une impulsion et plongea dans les chevilles du monstre.

« Tombe ! » 

Son armure vola en éclat au contact des chaussures doublées d’acier.

Craquement.

Nouveau craquement.

Rupen gicla plusieurs mètres en arrière.

Les yeux révulsés, le jeune humain entraperçut l’ogre franchir la ligne et marquer.

Un Touchdown synonyme de victoire.

Les Chaos All Star remportaient la finale du Blood Bowl au dépend des Reikland Reavers.

Rupen sombra dans l’inconscience.

 

***

 

« Il ne l’a pas raté ! »

Des murs blancs, zébrés de taches de sang. Des néons blafards. Des bruits de tronçonneuses…

Rupen, entre deux vertiges, reconnu l’infirmerie des Reikland.

Et le docteur Doussaint, avec ses lunettes en cul de bouteille, penché sur son épaule.

« Ca fait mal si je touche ici ? »

Une douleur fulgurante le ramena à lui.

« Filez-moi un truc, toubib ! » brailla Rupen, en se tordant sur la table d’examen.

Les sangles de sécurité se chargèrent de le maintenir en place.

Doussaint se détourna et farfouilla dans une armoire.

« Que souhaites-tu, mon petit ? »

L’esprit brouillé par la souffrance causée par ses os disloqués, Rupen n’hésita pas une seconde :

« Anesthésiez-moi ! Et remettez-moi sur pied ! »

Le doc avait-il souri ? Il s’approcha avec un clystère menaçant.

« Je veux faire bouffer la pelouse à cet ogre… » grogna Rupen avant de retomber dans les vap’.

 

***

 

Les finales étaient chaque année suivies d’une période bon enfant, où les clubs faisaient relâche.

On retrouvait les joueurs aux quatre coins du vieux monde.

Les équipes de peau-vertes allaient raser quelques hôtels de luxe sur la côte de Tilée, les elfes regagnaient Ulthuan, leur terre natale, et les créatures du chaos tentaient d’échapper aux inquisiteurs jusqu’à la reprise du championnat.

Ces deux mois de trêve bienvenue permettaient aux équipes de Blood Bowl de panser leurs blessures et de trouver des joueurs suffisamment maso pour signer un contrat pro.

Un travail en coulisse qui conditionnait la réussite de la saison à venir.

Et pour coulisser, ça coulissait sévère.

Allongé dans son lit d’hôpital dans un fouillis de tubes, de perfusions et de capteurs, Rupen revenait progressivement à lui.

Son coté droit disparaissait sous les bandages mouchetés de sang. Le moindre mouvement lui causait des élancements si douloureux qu’il en tombait parfois dans les pommes.

Après ce qui lui avait paru être des mois d’agonie, il vit enfin se découper sur le plafond blanc le visage de cire du Docteur Doussaint.

« Comment vous sentez vous, Rupen ?

__J’ai mal, doc ! »

Le joueur était si faible qu’il parvenait à peine à se faire entendre.    

« Vous avez subi une lourde intervention. Dislocation postérieure de l’épaule, couplée à une triple fracture de la clavicule et à un arrachement des tendons : il n’y avait pas d’autres solutions. »

Rupen avait grandi dans un gang de Middenheim et ses notions d’anatomie se limitaient à la trachée artère, là où sa saigne beaucoup quand on donne un coup de couteau.

« Vous avez mis un plâtre ? »

Doussaint eut un petit sourire. Comme si quelqu’un lui avait brusquement tiré la peau vers les oreilles. Flippant.

« Mieux que ça, expliqua-t-il en retirant doucement les bandages. On vous a remplacé les pièces défectueuses. Appréciez le résultat ! »

Le médecin lui souleva le bras droit. Rupen avait toujours eu le muscle épais et un grain de peau rugueux, tanné par le soleil, résultat de la vie errante qui avait été la sienne pendant de longues années. Rien à voir avec ce membre fuselé à la peau nacrée. Ebahi, Rupen plia le coude.

« Aïe !

__Voila votre nouveau bras, s’exclama Doussaint ! »

Rupen contempla la main aux doigts effilés.

« Doc, il y a comme un problème. »

Doussaint retira ses lunettes fumées. Pour la première fois, Rupen contempla les yeux étrécis du médecin, deux fentes sur un nez épaté. Le regard d’un tueur psychopathe, songea le trois-quarts.

Il y eut un moment de silence.

« J’ai deux mains gauches, gémit Rupen !

__Ce crétin de chirurgien gobelin s’est trompé de greffon, confirma Doussaint d’une voix blanche. »

 

***

 

Les usines de Nuln employaient une main d’œuvre issue de tout l’Empire et même au-delà.

Les gigantesques machines outils pressaient, laminaient, découpaient les pièces d’acier et emportaient parfois un doigt ou deux dans un fracas de fin du monde.

Hommes, nains, orques, … tous ceux qui acceptaient un salaire de misère pour passer douze heures par jour dans les forges étaient les bienvenus. Ce job présentait de nombreux désavantages : le boulot était abrutissant, on bossait dans des ateliers surchauffés en respirant des effluves toxiques, une faute professionnelle se soldait par un renvoi immédiat dans le meilleur des cas... et au pire, l’ouvrier fautif s’ajoutait au combustible des hauts-fourneaux. Mais il y avait un avantage : les usines laissaient sa chance à tous les volontaires, d’où qu’ils viennent, quelle que soit leur situation.

Même quelqu’un avec deux mains gauches pouvait faire son trou sur les chaînes de montage.

Et d’ailleurs, les ingénieurs savaient tirer partie des particularités physiques de chacun. En l’occurrence, le chef d’atelier avait très vite déduit qu’un type avec deux mains gauches pourrait serrer deux boulons à la fois et abattre le double du boulot de ses collègues.

C’est ainsi que Rupen avait pris son poste sur la chaine de montage des moteurs Troll’s Royce. Il touchait une prime pour la rapidité de son travail, ce qui lui permettait de boire encore plus dans le bar de Census. Il passait de longues soirées avec cet énorme nain retraité du Blood Bowl, à ressasser leurs souvenirs du terrain.

Rupen aurait pu continuer cette vie pendant encore des années, jusqu'à ce qu’un pressoir ou le whisky ait raison de lui.

Mais le Blood Bowl ne vous lâche pas comme ça.

Attablés autour d’un tonneau vide, Rupen fixait les deux journalistes d’un œil vitreux.

« Une émission ?

__ En prime time, pépia la petite rouquine en tailleur. Le public ne cesse de s’interroger sur ses idoles qui ont fait le succès des championnats du début des 90’s : que sont-ils devenus ?

__ Nous avons fait un sondage, compléta le beau gosse qui l’accompagnait. Votre nom apparait dans le top 16 dans la catégorie : « J’ai grave envie de le revoir sur un terrain ».

__ La chaine Kabal+ vous propose donc de participer à un match de gala avec les quinze autres joueurs sélectionnés par nos téléspectateurs. »

Rupen contempla ses deux mains, posées à plat devant lui. Une main épaisse et une main d’elfe. Toutes les deux avec le pouce à droite. Qu’est ce que ça donnerait sur un terrain ? A la limite de sa conscience embrumée, il lui sembla entendre le hurlement des fans, les chants des hooligans et les râles d’agonie des spectateurs pris dans un mouvement de foule.

« Où est-ce qu’on signe ? »

 

***

 

Sur son banc, Coach Whil Oblès se rongeait les ongles.

« Pas une équipe de bras cassés mais presque… » grogna-t-il.

Sa remarque se perdit dans les hululements des supporters qui résonnaient dans la Altdorf Oldbowl Arena. Ce magnifique stade était la fierté des Reikland Reavers, un monument au Blood Bowl, à la bière bon marché et aux centaines de fans qui avaient trouvé la mort depuis la fondation des Reikland. D’ailleurs, plusieurs d’entre eux avaient été coulés dans le béton du stade en guise de tombeau.

Sur la pelouse les Reavers, magnifiques dans leurs armures bleues et acier, finissaient de s’échauffer. Le légendaire Griff Oberwald achevait sa quinzième série de pompes, sous les yeux du cop féminin solidement gardé par une brigade entière de chevaliers impériaux.

Face à eux, les Survivors, l’équipe constituée de bric et de broc par Kabal+, sous la houlette de l’ancien coach Whil Oblès tout juste sorti de prison.

On y trouvait des joueurs sur le retour, vieillissant pour la plupart comme ce nain, Census, large comme une meule de foin et qui peinait à enchainer quelques foulées. Certains quittaient une retraite douillette pour un dernier frisson sur le terrain. D’autres avaient été extirpés des bouges où ils croupissaient. Tous avaient eu un talent indéniable pour le Blood Bowl. Mais c’était dans une autre vie. Que pouvaient-ils espérer d’un match contre la grande équipe des Reikland Reavers et leur palmarès long comme un tentacule ?

Whil observa Rupen qui s’étirait.

« Deux mains gauches… » soupira le coach. Whil avait prévu de le coller sur la ligne de Scrimmage, au charbon. Il aurait pour rôle d’enquiller les coups, si possible d’en rendre quelques-uns, pour laisser les temps à l’attaque des Survivors de se déployer. Miniart, le receveur Halfling en constituerait le fer de lance.

Whil s’essuya le front. Ce match ne serait pas une partie de plaisir.

 

***

 

Rupen, au centre du terrain, contemplait avec bonheur les gradins garnis en attendant le coup d’envoi. Une ombre tomba subitement sur lui. Morg’n Thorg, récemment transféré des Chaos All Star aux Reavers, prit position face au trois-quarts.

« Je crois qu’on se connait, petit gars, grogna l’ogre avec un sourire mauvais.

__Et comment, gros tas ! »

 

***

 

« Et c’est parti pour ce match bien particulier : Reikland contre Survivors ! »

__Tout à fait Jim, quel plaisir que de revoir ces visages sur un terrain !

__Espérons qu’ils auront la chance d’y rester jusqu’à la fin du match, car les Reavers ne feront aucun quartier ! Rappelez vous les paroles de Griff Oberwald au journal d’hier : « Que sont-ils devenus ? Moi je vais vous dire ce qu’ils vont devenir : on va en faire des confettis ! »

__Les Reavers appliquent ces déclarations à la lettre. Morg’n Thorg et Zug la bête ont littéralement broyé la première ligne adverse sur le coup d’envoi.

__C’est déjà la panique ! La défense des Survivors est enfoncée ! Ils prennent l’eau de toute part !

__Il n’en faut pas plus à Griff et ses acolytes pour s’engouffrer dans la brèche.

__Bob, je crois que ça vient ! Superbe passe de Dave Laskrel ! Et c’est un TOUCHDOWN !

__Vue la rapidité avec laquelle il a été marqué, ce ne sera certainement pas le dernier de la soirée ! Voila qui promet du spectacle ! »

 

***

 

 « Marquez-moi ce Touchdown, rugit Coach Whil à ces joueurs assis en cercle autour de lui ! Kabal+ a promis de considérer une prolongation de l’équipe si on en marque un aux légendaires Reavers ! Bougez-vous les fesses et peu importe combien de dents vous y laissez.

__Une minutes avant la fin de la mi-temps, clama l’arbitre.

__Rupen, tu passes en soutien de Trudin à l’arrière. Il faut qu’il ait le temps d’assurer sa passe. Tu choppes tous ceux qui lui cherchent des noises. Miniart, tu attaques coté tribune sud avec les blitzeurs collés aux fesses. Tu ne devrais pas rencontrer trop de résistance. »

Whil eut un sourire mystérieux tout en dents en or.

 

***

 

« Reprise du match à la Oldbowl Arena.

__Déjà 3 à 0 pour les Reavers dans ce match de gala. Mais les Survivors ne s’avouent pas vaincu.

__Regardez le petit Miniart qui passe entre les pattes de Zug ! Quelle apathie de la défense !

__On me dit qu’on a vu des fléchettes anesthésiantes fuser de la tribune sud. Voila qui est bien joué. Les Survivors devraient avoir enfin l’occasion d’exprimer leur jeu d’attaque.

__Seulement s’ils parviennent à conserver le ballon ! Voila Morg qui déboule comme un autobus sur Trudin !

__Charge à Rupen de l’intercepter avant qu’il ne pulvérise le lanceur des Survivors. » 

 

***

 

Rupen se retrouvait cinq ans en arrière. Avec Morg’n Thorg chargeant de toute sa masse.

Mais cette fois, c’était l’ogre qui portait les couleurs des Reavers.

« Se jeter dans ses chevilles… »

Le trois-quarts esquissa un mouvement.

Comme un rappel, une douleur fulgurante irradia son épaule droite.

Le joueur resta tétanisé, alors que Morg le dépassait pour emplafonner le malheureux Trudin. Il y eut un bruit de vertèbres brisées quand l’ogre écrasa le joueur dans la pelouse.

 

***

 

« …Après ce choc, je pense que Trudin a définitivement quitté l’équipe des Survivors.

__Tout à fait Jim. Et sans lanceur, la fin de partie va être compliquée.

__D’autant plus que Morg se trouve en position idéale pour aller inscrire son Touchdown !

__Mais attendez, voici Rupen qui semble vouloir se faire pardonner de son inattention ! »

 

***

 

Morg s’accroupit pour ramasser le ballon que Trudin gardait encore serré contre ses côtes disloquées.

Il leva ses yeux porcins sur la ligne d’en-but si proche lorsqu’on le saisit au collet.

Déséquilibré malgré ses deux-cents kilos, il tomba en arrière.

« Tu pensais que je n’aurais pas ma revanche, lui cracha Rupen ?

__Viens-y donc, microbe, fit l’ogre en voulant se saisir de l’humain qui le dominait à présent ! »

Le trois-quarts ne lui en laissa pas le temps. Il écrasa son talon en fer sur le museau du monstre.

Un flot de sang jaillit vers le ciel.

Aveuglé, l’ogre au nez brisé recula en rampant pour tenter de se protéger des assauts furieux.

La foule en délire applaudit à tout rompre.

Entre deux bouffées d’adrénaline, Rupen distingua les appels de Coach Whil :

« Un Touchdown ! Il nous faut un Touchdown ! »

Le ballon maculé par le sang de l’ogre roula à ses pieds.

Maladroitement, il le ramassa de ses deux mains gauches.

 

***

 

« Rupen se saisit du ballon et prend quelques pas d’élan !

__Voyez cette étonnante prise ! Avec sa main inversée, il va tenter un lancer en s’aidant de ses deux bras !

__Quelle bombe ! Une vrille parfaite qui fend le ciel de l’Oldbowl Arena ! Elle va traverser tout le terrain ! Directement sur Miniart, le Halfling !

__Mon dieu, mais comment va-t-il pouvoir se saisir d’une ogive pareil ? »

 

***

 

Miniart attendait depuis plusieurs minutes dans la zone d’en but des Reavers que le ballon arrive jusqu’à lui.

Les acclamations de la foule lui firent lever le nez.

Il se passait quelque chose.

Il eut à peine le temps de distinguer un éclair qui fondait sur lui.

« Le ballon ! »

Pris de court, le Halfling leva les mains.

Trop tard.

La balle cerclée de fer lui percuta le visage de plein fouet.

Des esquilles d’os volèrent, alors que la pointe d’acier pénétraient dans le crane du semi-homme.

Le petit receveur agonisant fit un pas. Puis un autre.

Avant de s’écrouler dans l’en but, le ballon toujours fiché dans la tempe.

L’arbitre accourut.

Hésita.

Puis porta le sifflet à ses lèvres.

 

***

 

« Incroyable, Jim ! Le Touchdown est accordé !

__Et oui Bob. La règle dit que pour marquer, il faut porter le ballon dans l’en but. Rien ne précise qu’il faut que ce soit avec les mains. Ou qu’il faut être vivant pour ça.

__Et voila les supporters des Reavers qui envahissent le terrain ! Quelle fin de match !

 

***

 

Porté en triomphe, Rupen était à demi-lucide. Sous lui, il distinguait des visages qui l’acclamaient, l’insultaient ou lui proposaient des contrats publicitaires…

Il leva les bras en signe de triomphe. La silhouette de ses deux mains gauches se découpa dans la lumière des projecteurs.

Il savait ce qu’il faisait ici. Il serait maintenant et pour toujours une légende du Blood Bowl.

 

 

 

Par Guillaume Woerner - Publié dans : Warhammer
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Mardi 4 octobre 2011 2 04 /10 /Oct /2011 21:25

 

- Chronique -

Mascarades

 

Roman de Philippe WARD - Editions AÏTAMATXI Editions

 

 

 

 

Merci à Skritt (http://skritt.over-blog.fr/) et aux éditions Aïtamatxi pour l’opportunité du livre contre chronique !

 

ward-mascarade-copie-1 Derrière cette couverture de série B se cache un thriller fantastique mené à tambour battant par Philippe WARD dans le milieu indépendantiste Basque.


Culture basque. Ces deux mots résument la grande originalité de ce roman, qui sort de tous les sentiers battus en situant l’action dans une véritable société parallèle : ETA bien sur, mais aussi députés basques de l’assemblée espagnole des Cortès, partisans du dialogue ou au contraire adeptes d’une ligne dure.

 

Au-delà de ces figures politiques, Philippe WARD imprègne chaque scène d’éléments typiquement basques pour aboutir à une fresque parfaitement maîtrisée : figures du carnaval basque, la malika (canne basque), mais aussi rappels d’éléments historiques comme la bataille de Roncevaux, Guernica ou l’épisode du gouvernement autonome basque de 1936.

 

 


Et l’intrigue dans tout ça ? Mikel, libraire de Bayonne rêvant d’une Euskadi indépendante, se lance sur les traces d’un meurtrier dont les cibles sont des figures des mouvements indépendantistes basques. Organisation dissidente ? Services secrets espagnols ? Dès les premières pages, le lecteur est entraîné dans le sillage de personnages dont les convictions les mettent en marge de la loi. De la France à l’Espagne, en passant par Saint Domingue, le suspens ne se relâche jamais, alors que le mystérieux Ehiztarbeltz, le « chasseur noir » des légendes basques, multiplie les coups de main défiant la logique.


Verdict : lisez ce livre ! Voila l’exemple typique du roman intelligent, qui documente tout autant qu’il distrait. Une vraie réussite.

Par Guillaume Woerner - Publié dans : Chroniques
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Jeudi 29 septembre 2011 4 29 /09 /Sep /2011 23:23

 

 

 

Sanctum Atorgael Vol. 1 lu par Madoka

 

 

 

 

Puisque le temps est aux chroniques, je publie un lien vers une chronique de Madoka du premier recueil de nouvelles publié par le Sanctum Atorgael.

 

Merci à elle !

 

http://fdata.over-blog.net/4/06/61/84/avatar-blog-1187341280-tmpphpHIAXkA.jpg

  Cliquez sur l'image pour accéder au blog de Madoka et à sa chronique :)

 

Je ne saurai d'ailleurs que trop vous conseiller son blog, qui fourmille de chroniques en tout genre, livres, BDs, roman jeunesse, ...

Plusieurs centaines d'articles au total !

 

A quand une fiche de lecture du deuxième et troisième opus du Sanctum Atorgael pour compléter la collection ? ; )

 

P1020551

 

Je vous rappelle à cette occasion que les trois recueils de nouvelles publiés par le Sanctum Atorgael sont toujours disponible sur ThebookEdition.

 

 

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Par Guillaume Woerner - Publié dans : Chroniques
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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 20:50

Statistiques Révolutions à Conflux

Après 3 semaines de vacances

 

 

 

Et voila, fin des vacances.

Le soleil de Bourgognes, les Curry Wurst de Berlin, d'excellentes nouvelles du Romegoustan...

Mais il est temps de ramasser les copies !

Et qu'est ce que ça donne ?

Sans trucage, voici les statistiques de Révolutions à Conflux au 28 aout 2011.

 

Stat Revo 20110828


Verdict  : + 19 843 caractères (espaces non compris).

 

Pas si mal donc, pour un récit qui avait tendance à rester au point mort ces derniers mois.

Près de 20 000 caractères acidulés, pétillants et qui collent au dent (voila que les bonbons engloutis par les filles durant leurs vacances m'inspirent ! ).

 

Aller, on s'y remet !

 

 

 

 

Par Guillaume Woerner - Publié dans : Conflux
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Samedi 6 août 2011 6 06 /08 /Août /2011 14:34

Statistiques Révolutions à Conflux

 

 

 

En cette veille de départ en vacances, voici quelques statistiques sur le second roman dans l'univers de Conflux : Révolutions à Conflux (titre toujours provisoire d'ailleurs).

 

Stat Revo 20110805

 

L'histoire a sensiblement évolué pour intégrer plus de diversité dans les personnages et des lieux de l'action (ajout de l'agent Plomb, visite d'une Archologie à la mode Conflux - Ca vaut le détour ; ) - ...).

 

Bref, le projet suit son bout de chemin. Les vacances étant généralement propices à l'inspiration, j'espère pouvoir revenir avec quelques éléments croustillants à la rentrée.

 

Bonnes vacances !

Par Guillaume Woerner - Publié dans : Conflux
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