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Jeudi 21 mai 2009


La Mêlée des Héros

par Guillaume "Metatron" Woerner

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Les légendes les plus folles couraient sur le physique de Metatron le voyageur.

C'était un humain, mais dont personne ne parvenait à définir clairement l'apparence.

Les histoires les plus anciennes faisaient état de son amour pour un sport étrange appelé rugby : 30 joueurs sur un pré qui se rentrent dedans tout en s’efforçant d’appliquer des règles abstruses.

Aussi, les artistes de Conflux n’avaient jamais pu trancher entre l’image d’intellectuel ou de sportif du voyageur.

La statue sur la place de l’Etoile à huit branches montrait un Metatron aux épaules étroites et au front rayonnant d’intelligence. En revanche, les sculptures des artistes gays de La Porte le représentaient avec des muscles puissants et de longs cheveux bouclés.

Parmi les curiosités de Conflux, on trouvait ce bronze d’un Métatron au visage de vieillard et affublé d’un corps de culturiste…

Medard se renversa sur son siège : cela ne l’aidait pas à choisir l’image de couverture de son anthologie.

 

 



 

 

 

 


 

Un beau soleil printanier, comme je les aime. Idéal pour un match de rugby.

Les équipes se mettent en place sous les acclamations des supporters locaux venus encourager leurs joueurs.

« Pack à droite ! » ordonne notre demi de mêlée

Je fais rouler mes épaules massives alors que mes camarades se positionnent.

En tant que talonneur, je suis en première ligne pour subir la montée de l’équipe adverse. Lama et Mitch, mes deux piliers, se tiennent prêts : je compte sur eux et eux sur moi. Je sais que mes prestations depuis mon arrivée au club ont décuplé les attentes de mes partenaires. Mais je ne dois pas en faire trop. « Profil bas ! » me répétait toujours mon père adoptif. Dommage qu’il ne soit plus là.

La tension monte alors que l’équipe adverse finit de prendre position sur la ligne des 50 mètres, face à nous.

« Il parait que leur talon est une vraie bête, me souffle Lama.

–– Ils l’appellent Rusto » renchéri Mitch en me désignant mon vis-à-vis.

Je lui jette un bref coup d’œil.

Comme moi, il est engoncé dans son maillot trop serré, qui moule son torse puissant. Dans quelques minutes, il aura lui aussi le cou irrité par ce col étroit, taillé pour la silhouette fuselée d’un trois-quarts plutôt que pour la force brute des avants.

Tel est notre lot commun, à nous les premières lignes.

Ces constatations fraternalistes ne me font pas oublier le principal : le combat va bientôt débuter et je serai sans pitié.

Un coup de sifflet retentit.

La balle s’envole en tournoyant… pour atterrir dans les bras de notre troisième ligne centre. Trois pas d’élan et le voila qui vient percuter un barbu adverse. Je suis au soutien derrière mon camarade, lui agrippant les hanches pour le propulser en peu plus loin. Il tombe au sol et libère sa balle. Notre demi de mêlée la fait gicler pour une nouvelle charge de nos deuxièmes lignes, qui s’encastrent sur Rusto, le fameux talonneur adverse.

Quel impact !

Nos gaillards sont arrêtés net et jetés à terre. Sous le choc, la balle s’échappe. En avant, siffle monsieur l’arbitre.

C’est la première mêlée.

Les avants se regroupent par famille. Je sens l’énergie frémissante de mes piliers, que je galvanise en les serrant contre moi, comme deux poussins de cent kilos. Derrière moi, les deuxièmes barres sont bouillants, désireux de faire oublier qu’ils sont à l’origine de la faute.

Un peu plus loin, les troisièmes lignes se tiennent prêts à jaillir pour couper les offensives adverses.

En face…

Je plante mon regard dans celui de mon adversaire direct.

Il se tient prêt, encadré lui aussi par deux gros bébés aux oreilles en choux fleurs.

Blond, le cheveu ras, des joues mangées d’une barbe de trois jours, des yeux clairs, presque turquoise…

Comme moi, il a délaissé les straps dont certains s’enserrent le crâne comme des lauriers.

Il aime le contact rude, direct.

Il va être servi.

« Profil bas ! » Ces paroles me reviennent. Je dois me contenir. Ne pas me dévoiler.

Nos yeux ne se quittent plus. Comme s’il n’existait plus rien autour. Pas besoin de parler, cet échange de regard en dit déjà long. Il est la promesse d’une lutte sans pitié, jusqu’à l’épuisement.

Les packs sont en position, comme des armes chargées prêtes à tirer.

Les mots de l’arbitre enclenchent le processus :

« Touchez ! »

« Attendez ! »

« Entrez ! »

Les deux entités s’élancent l’une contre l’autre, dans le rugissement de l’effort.

Ma percussion est puissante, comme à chaque première mêlée.

Bien sur, j’en ai encore beaucoup sous le coude mais en général, cette première poussée suffit à marquer notre suprématie.

Cependant, la contre poussée est particulièrement rude.

Au milieu des corps, nous nous livrons un combat sans merci entre talonneurs. De la seule force de son cou, Rusto me met mes cervicales au supplice, m’écrasant le crâne contre celui de son pilier gauche.

Un autre que moi aura déjà écroulé la mêlée.

Je sollicite l’énergie que je réserve habituellement aux cas d’exception et pousse de plus belle, soutenant mes piliers que je sens défaillir à mes côtés.

Mes yeux ne peuvent voir que l’herbe du terrain, labourée par les crampons. Un bref instant, j’aperçois la balle que vient d’introduire leur demi de mêlée. Mais déjà, Rusto l’a talonnée vers son camp.

Il n’en a pas profité pour balancer un coup de genou en plein visage. Il joue réglo : un adversaire à ma mesure.

« Sortie droite ! »

C’est notre 9, qui nous indique que la mêlée est finie.

Notre pack se délite alors que les avants se désengagent pour reprendre leur place en défense.

En tant que talonneur, je suis le dernier à m’extirper de cet assemblage de corps. J’échange un dernier regard avec Rusto, promesse d’une revanche à la prochaine mêlée puis je m’élance à mon tour.

La balle circule à présent dans les lignes de trois-quarts.

L’attention est focalisée sur les mouvements aériens des attaques et des feintes.

Personne ne fait attention à un gros qui se replace, aussi je m’autorise à ponctionner une nouvelle fois l’énergie inépuisable qui m’habite.

Les centres enchainent les temps de jeu. Sur une nouvelle percussion, leur 9 redonne à l’intérieur pour un troisième ligne qui traverse notre rideau défensif.

Celui là est pour moi.

Lancé à toute vitesse, je le percute de flanc, l’arrachant au sol pour le replanter deux mètres plus loin dans la terre grasse.

Déjà, je me relève pour tenter de lui arracher la balle des mains.

Je me prends la vague des gros d’en face qui viennent soutenir leur joueur. A nouveau, je sens la barbe râpeuse de Rusto qui m’écorche la joue.

Lui aussi semble en canne pour parvenir aussi vite en soutien de l’action.

Je n’ai pas le temps d’y réfléchir et je tombe sur les fesses sous la pression adverse.

Quelle humiliation !

Vexé, je bondis sur mes pieds.

Les paroles de mon père sont noyées sous un flot d’adrénaline.

Je m’élance à la poursuite des attaquants, qui atteignent à présent nos 22 mètres.

Mes foulées font jaillir des mottes de terre et je fonds sur mes adversaires comme un boulet de canon.

D’un coup d’épaule, j’envoie au tapis leur 12 qui se voyait déjà en terre promise.

Avant de chuter, il parvient à donner la balle à ce maudit Rusto, qui était une nouvelle fois dans le bon coup.

Allongeant la foulée, il prend le travers pour contourner notre 15. Je suis à ses trousses : il me suffirait de gagner quelques centimètres pour lui faire une cuillère. Voyant cela, il accélère encore. C’est à peine si ses pieds touchent le sol. J’oublie toute prudence et passe en mode vol. L’air siffle à mes oreilles alors que je prends une impulsion pour bondir sur le porteur de balle.

Il a lu ma trajectoire et fait un crochet en direction de son camp.

Je parviens néanmoins à lui agripper le bas de son maillot.

Notre vitesse est telle que le tissu est arraché sans offrir la moindre résistance.

Il enchaine à présent une série de feintes de corps auxquelles je ne me laisse pas prendre.

A cours d’idée, il redresse finalement sa trajectoire et me percute de plein fouet.

Le choc est immense.

Mes crampons tracent de profonds sillons dans la terre alors que je tente de contenir sa charge.

C’est alors qu’il prend une nouvelle impulsion et s’élance vers le ciel.

Je réagis au quart de tour et à mon tour, je bondis à sa suite.

A quelle distance du sol sommes-nous ? Deux mètres, trois mètres ? Nous allons si vite que nos coéquipiers semblent statiques à nos côtés, comme pétrifiés en pleine course.

En vol, je saisis la cheville de Rusto.

Cette fois, j’abandonne toute idée de subtilité.

Je me projette vers le sol, entrainant avec moi mon adversaire. Comme un météore, nous frappons la terre dans une gerbe de boue et d’herbe.

La balle n’y résiste pas et explose dans une détonation sonore.

Un grand silence tombe sur le stade.

Monsieur l’arbitre semble avoir avalé son sifflet.

Rusto et moi sommes étalés de tout notre long, le souffle court :

« Qui es-tu, murmure mon valeureux challenger ?

__Barbarian, fais-je à mi voix. J’espérais rester incognito… »

L’autre s’esclaffe :

« C’est raté pour aujourd’hui ! Viens, ne trainons pas ici. Allons vider quelques godets à la santé des supers héros »

A mon tour, j’éclate de rire.

« Je te suis. Je ne suis pas sur qu’ils acceptent que je renouvelle ma licence de rugby »

D’une impulsion, nous bondissons vers l’azur, pour disparaître dans les nuages.

 

 

 

Par Guillaume Woerner - Publié dans : Divers
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Samedi 16 mai 2009


Teaser : Révolution à Conflux*
(* Titre non définitif)





          A Conflux, la liste des leaders révolutionnaires qui ont enflammé la ville remplirait un bottin.
          Mais avec le soulèvement de La Fange contre le cruel Duc de Calbon d'Olt, c'est une véritable lame de fond qui s'apprête à balayer les districts, quartiers et arrondissements.
          Au point que le Triclinion, l'assemblée dirigeante habituellement peu enclin à se pencher sur les querelles de voisinage, tremble sur ses fondations et décide d'intervenir pour endiguer le désastre.

        Et qu'y a-t-il de plus efficace que deux agents du Bureau Invisible plongés dans le flot de l'histoire en marche ?
        Sans doute n'importe quel flic de quartier un peu dégourdi.
        Mais les agents Dopple et Scythe étaient les premiers sur place...


Par Guillaume Woerner - Publié dans : Conflux
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Mercredi 11 mars 2009


 

 

 

 

Réchappé du Champ d’Honneur

 

 

Par Guillaume « Metatron » Woerner



   Quelles que soient les dimensions parcourues par Metatron lors de ses voyages, la guerre et les conflits de manière général restaient une constante.

   Cette observation rendait Medard mélancolique alors qu'il poursuivait la transcription d'un nouveau texte du grand Voyageur.

    Finalement, le multivers avait beau être infini, ses habitants restaient de fieffés va-t-en-guerre, prêts à prendre les armes pour un oui ou pour un non.

   Mettant le point final à sa copie, Medard tira un recueil parcheminé de sous un classeur afin de poursuivre sa lecture :

   « Les Heures Erotiques de Saint Masculin, fit le jeune scribe d'un air satisfait. Il n'y a que ça de vrai ! »











 

La rue entière puait la mort et la chaire calcinée, je tombai au sol et rampai à couvert afin d’échapper aux tirs nourris que les Mexicains faisaient pleuvoir sur nos troupes.

Une nouvelle fois, les obus de mortiers éventrèrent la chaussée.

Les survivants de l’escouade alpha furent pulvérisés dans un nuage de poussière charriant l’odeur nauséabonde des chaires à vif. La dernière unité grecque engagée dans le conflit venait de passer l’arme à gauche.

Crachant et toussant, je tirai une rafale au jugé en direction du nid de mitrailleuses à l’angle de la rue. Les balles firent crépiter le champ de force protecteur sans parvenir à le percer.

Masqué par le nuage, je me précipitai à l’abri des ruines pour rejoindre les restes de mon unité.

« On va se faire ces Mex à la grenade, rugit le sergent Log ! Allez les gars, tous derrière moi ! »

Les grenades ATC avaient été notre salut. Massivement équipés de champs de force que les armes traditionnelles ne parvenaient pas à franchir, les Mexicains avaient failli nous mettre la pâtée du siècle : comme par miracle, ces grenades dont l’explosion mettait en rade les générateurs de champ à portée avaient été mises en circulation juste à temps.

Elles étaient devenues le jouet préféré du sergent Log.

Faisant montre une nouvelle fois de cet incroyable courage qui nous avait galvanisés ces trois dernières années, il se jeta à l’assaut.

Pour la dernière fois.

Les armes automatiques des Mexicains le fauchèrent en pleine course. Les voyants d’alerte médicale de son casque eurent à peine le temps de clignoter que déjà ils s’éteignaient.

L’icône de toutes ces batailles avait fini par succomber.

Les bras ballants, je restai tétanisé à contempler le cadavre de mon chef.

L’un de mes camarades me sauva la mise en m’attrapant par le col. Sonné, je titubai jusqu’au couvert.

Qu’allions-nous faire, ainsi livrés à nous-même dans l’enfer de Mexico ?

« A toutes les unités, à toutes les unités… »

La voix de l’opérateur de commandement grésillait dans nos oreillettes.

« Annonce à toutes les armées : code blanc. Je répète : code blanc… »

Des regards incrédules furent échangés. Etait-ce une plaisanterie ? De l’autre côté de la rue, les tirs avaient cessé.

«  Rien à foutre, jura le deuxième classe Soho ! Ils ont eu le sergent Log : ils vont payer »

Passant la tête au bord du mur, il lâcha une salve d’autocanon.

« Ecoutez-moi, rugit la voix du commandant de section dans nos oreilles ! Code blanc annoncé. Vous comprenez ce que ça veut dire ? Halte au feu. Les Mex ont signé »

C’est alors que l’un d’entre nous prononça le mot fatidique :

« L’armistice ! »



***



Il me semblait n’avoir jamais connu que des populations moroses, regroupées dans des abris souterrains. On les y avait entassés quand les Mex avaient commencé à larguer des androïdes-suicides qui courraient se faire exploser dans les queues des magasins de ravitaillement.

Je découvrais soudain un peuple en liesse. On sortait des caves des bouteilles de vin que personne ne pensait revoir un jour.

Cela ne dura que quelques jours, le temps de fêter la victoire.

Nous avions repoussé l’Hégémonie Latinos de l’autre côté de l’Atlantique, l’obligeant à renoncer à toutes ses possessions en Europe.

Nous étions vainqueurs, mais tout était à reconstruire.

Démobilisé, je me retrouvai désoeuvré dans un minuscule appartement lézardé de la banlieue parisienne.

Trois ans durant, je n’avais été qu’une bleusaille anonyme dans la masse des unités, compagnies, sections… On me donnait des ordres, je les appliquais. J’étais  un manœuvre avec un fusil d’assaut en guise d’outil.

Mon individualité creva la surface de mon quotidien comme une bulle d’un gaz fétide.

Je n’étais plus le deuxième classe Berbe, mais Monsieur Bernabe Longapé.

Des souvenirs vinrent me hanter : ma famille, disparue lors de l’offensive des Mex sur les côtes bretonnes ; cette fille, Marie-Anne : une jolie brune à qui j’avais promis le mariage dès mon retour et dont j’avais perdu la trace ; mes études de juriste, ces heures passées dans les amphis : comme une autre vie...

Je me retrouvai parmi la foule des sans repères, à qui les combats avaient tout pris.

Sauf que dans mon cas, la guerre m’avait tout donné : appelé sous les drapeaux à contrecoeur, j’y avais découvert les privations, la discipline absurde, le danger et la mort. Mais aussi une cause pour laquelle se battre. Les Mex avaient écrasé toutes les Amériques sous leurs rangers boueuses. L’Europe ne devait pas tomber à son tour.

Tout cela semblait si loin…

En ces nouveaux temps de paix, chaque détail me rappelait une campagne.

La pluie me ramenait aux sombres jours de la débâcle de Bordeaux, la ville noyée sous les vagues géantes produites par les générateurs de marée installés par les Mex dans l’estuaire de la Gironde.

Le soleil qui perce les nuages était le symbole de la victoire de Bruxelles, le tournant de la guerre, quand toutes les armées d’Europe étaient parvenues à briser le siège de la capitale de l’Union.

Je pleurais. Souvent.

Nous avions vaincu.

Et maintenant ? Il me semblait avoir atteint le bout du tunnel. Dans l’univers que je découvrais, il n’y avait rien pour moi.

La bourse avait rouvert. Une nouvelle caste de spéculateurs s’enrichissait à coups de transactions toujours plus spectaculaires.

Quel était ce monde ? Etait-ce pour ça que tant de mes frères d’armes étaient tombés ?

Je songeais au sergent Log : l’un des derniers mort de la guerre. J’enviais son sort.

Le revolver que je gardais caché dans un tiroir me faisait les yeux doux.

Au bout de quelques semaines, je ne le quittais plus. Hagard, je déambulais dans les rues fraîchement pavées.

A chaque croisement, il me semblait sentir la présence des escouades néo-Mayas. Combien de mes camarades avaient été criblés de balles-fléchettes par ces guerriers nus au corps recouverts de caméléonine ? Quasi invisibles, ils avaient été notre pire cauchemar lorsque nous avions débarqué dans le Yucatan.

A présent, je les voyais partout. A la nuit tombée, chaque ombre me faisait hurler.

Un soir de mai, une bande de gamin à vélo jaillit d’une ruelle. Leurs fusils de bois et leurs joyeux cris guerriers faillirent me faire disjoncter. Il s’en fallut d’un cheveu que je les allume à coup de calibre 45.

Le pistolet finit au fond de la Seine et je passai plusieurs jours sans dormir, tremblant sur le canapé défoncé qui me servait de lit.

J’avais touché le fond…



***



L’histoire de l’humanité est sinueuse. Rien n’est jamais acquis, rien n’est jamais perdu.

Ces mots que nous nous répétions à la veillée d’arme me paraissaient à présent empli d’une sagesse ancestrale.

C’était la fin de l’été. Paris était baigné de lumière, les filles allaient court vêtue sous le regard goguenard des hommes attablés à la terrasse des cafés.

Fraîchement rasé, je marchai d’un pas décidé vers l’Hôtel des Invalides.

Je remontai la file des candidats, reconnaissant quelques visages parmi la foule avec qui j’échangeai un clin d’œil discret.

Je patientai une bonne heure, piétinant d’impatience, avant que mon tour ne vienne.

Au guichet, on me tendit un formulaire.

« Sais-tu ce que tu t’apprêtes à faire, me demanda le préposé d’une voix rude ?

–– Oui, répondis-je.

–– Les colons chinois d’Afrique ont envahi l’Egypte, déclama-t-il comme s’il ne m’avait pas entendu. La ligue Arabe leur a déclaré la guerre. L’Europe honore son alliance et vient à l’aide de nos alliés du Caire…

–– L’Union n’a surtout pas envie de voir une nouvelle puissance accéder à la Méditerranée, fis-je en souriant.

–– Peu importe. Es-tu prêt à t’engager corps et âme et à servir…

    –– Sans aucune hésitation » coupai-je.

D’une main qui ne tremblait pas, je signai le formulaire.

« Bienvenu parmi nous, deuxième classe Berbe » fit le sergent instructeur en m’indiquant l’entrée des volontaires.





Par Guillaume Woerner - Publié dans : Divers
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Dimanche 1 mars 2009

Peau Neuve


Par Guillaume « Metatron » Woerner

 




Medard renifla le parchemin jaunit couvert d'une écriture délavée en patte de mouche.

« Mais, c'est... »

Il reposa les feuillets avec un air de dégoût.

« C'est écrit sur de la peau humaine ? »

Metatron avait beaucoup voyagé et de toute évidence, il n'était pas allé que dans des coins civilisés.

Du bout des doits, Medard remit le parchemin dans son étui et se mit en devoir de retranscrire le texte sur du bon vieux papier pelure.






     « Filons d'ici, il est encore temps ! »

     Matezzo, frigorifié dans son pourpoint bleu, scrutait les boyaux qui plongeaient dans les ténèbres avec appréhension.

     « Ne sois pas ridicule. Nous avons misé beaucoup d'argent sur cette affaire »

     Aldo décocha à son associé l'un de ces fameux sourire qui lui permettait de vendre une baignoire à un poisson. D'un ample mouvement du bras, il désigna les étals parfaitement agencés entre les stalagmites de la grotte.

     « Les meilleures soieries de Kalienne, des fourrures sessaires, des bottes d'Akkylannies... Personne, pas même ces nains de Mid-Nor, ne pourrait résister à  ces atours.

     « Mon avis est que nous avons trop finassé : ces articles auraient pu être vendus aux gobelins du clan Plongegouffre que nous avons croisé tantôt.

     « Et qu'aurions nous fait du prêt-à-porter ? Nos stylistes ont beaucoup travaillé pour tailler de superbes casaques aux proportions de ces nains biscornus. Les gobelins n'ont peut être aucun goût en matière de mode mais ils savent reconnaître quand un vêtement peut habiller quatre des leurs.

     « Les gobelins ont des Klus sonnants et trébuchants, qui est une monnaie tout à fait honorable.

     « Les Mid-Nors nous paieront avec des pierres précieuses dont, parait-il, ils ignorent la valeur. Notre fortune est assurée ! »

     Matezzo secoua la tête en soupirant. Quand Aldo avait une idée en tête, il était plus facile de faire changer d'avis à un brontops.

     « Et puis cette rencontre avec ces gobelins a été providentielle, puisqu'ils ont mis à notre disposition une poignée de guides qui connaissent ces souterrains comme leurs poches.

     « Pour ma part, j'ai surtout retenu les édifiantes informations sur les Mid-Nors qu'ils nous ont communiqué : ce peuple n'est impliqué dans aucun commerce, à l'exception de celui des gemmes de ténèbres. Comment vont-ils réagir face à nos habits ? »

     Aldo eut un geste d'agacement :

     « Cela signifie que personne n'a jamais tenté ce que nous faisons aujourd'hui. Nous aurons le monopole du commerce textile avec ce peuple... et nous serons riches à en crever.

     « A en crever : le terme est bien choisi. »

     Cette fois, Aldo toisa son associé d'un œil sévère :

     « Matezzo, les risques de cette opération étaient très clairs. La principale occupation des Mid-Nors est le pillage et la guerre. Je te rappelle néanmoins que nous avions prévus d'éventuels débordement et qu'outre nos vendeurs, nous avons cette troupe de mercenaires keltois. Sois rassuré, nous sommes sous bonne garde... »

     Le cri d'un gobelin résonna soudain sous les voûtes calcaires :

     « Ils arrivent ! »

     Aldo frappa dans ses mains :

     « Les enfants, tous en place. On sourit, on salue. Messieurs les Keltois, je vous prierais de vous tenir derrière les étals, l'épée au fourreau »

     Il revint vers son associé, tétanisé au centre de la grotte :

     « Laisse-moi parler, tout va bien se passer »

     De l'un des boyaux provenaient le bruit de pas traînants et le cliquetis de pièces d'armures.

     Le premier Mid-Nor apparut à la lumière des torches.

     Aldo usa de toute la science du commerçant pour éviter de grimacer à la vue de ce corps contrefait, couturé d'une multitude de cicatrices et dont la peau violacée semblait prête à craquer à chaque mouvement.

     Il était suivi d'une dizaine de ses semblables qui émergeaient à leur tour des ténèbres. Ils étaient tous armés : faucheuses, épées, hallebardes... La seule constante était l'aspect invariablement antique de leur équipement.

     Aldo fit un pas en avant et exécuta une profonde révérence, faisant froufrouter les plumes de son chapeau.

     « Mes beaux sirs, nous avons parcourus maints lieux depuis Cadwallon pour venir à votre rencontre. Aujourd'hui, c'est avec une joie immense que je vous propose de venir admirer les tissus les plus fins, les étoffes les plus soyeuses : de quoi confectionner des habits de prestige comme il sied à la grandeur de votre peuple. »

     L'un des nains s'approcha des étals. Les jeunes vendeurs, tout prêt à prendre leurs jambes à leurs cous, continuaient pourtant de sourire dans un ultime réflexe professionnel.

     De la pointe de son épée, le supposé client souleva un carré de soie multicolore et l'approcha de ses yeux morts.

     Soudain inspiré, l'un des vendeurs se lança :

     « Il s'agit d'un motif en vogue à Kalienne. Il se porte comme un foulard. Si je puis me permettre, il est assorti avec ce... »

     Le Mid-Nor l'interrompit en balayant l'étal d'un revers de son arme, précipitant les délicats articles au sol dans un froufrou chatoyant.

     Aldo fit un geste aux Keltois qui s'apprêtaient à corriger l'importun.

     « Messire voudra peut être jeter un œil à nos cuirs akkylaniens, solides tout en restant souples... »

     Le Mid-Nor n'écoutait pas : il dévisageait le vendeur qui lui avait adressé la parole avec beaucoup d'intérêt.

     D'un geste maladroit, il effleura le bras du jeune homme tétanisé par la peur.

     Puis il palpa la chair et un sourire déforma son visage à demi putréfié.

     Le nain se retourna vers Aldo et désigna le jeune homme. Sans attendre de réponse, il lança une bourse aux flancs rebondis au pied du marchand. Celle-ci émit le tintement caractéristique de l'appel de la fortune.

     Aldo salua :

     « Messire, servez-vous : je puis vous garantir que vous serez comblé par cette peau jeune et fraîche »

     Le Mid-Nor fit signe à ses congénères qui s'avancèrent vers les vendeurs, qui n'en menaient pas large.

     Incapable de réagir, Matezzo ne reprit ses esprits que lorsque le dernier Mid-Nor disparut dans les ténèbres, emportant avec lui son article dont les hurlements résonnaient dans les cavernes souterraines.

     « Par tous les dieux, Aldo, qu'as tu fait !

     « Je leur ai vendu des habits, qu'ils porteront très prêt du corps.

     « Tu veux dire qu'ils vont prendre leur peau ?

     « De toute évidence : la leur part en morceau et doit être renouvelée. Nous connaissons à présent leur besoin et le prix qu'ils sont prêts à y mettre » Aldo fit miroiter une magnifique émeraude brute sous le nez de son associé.

     Matezzo frissonna mais ne put retenir un sourire : 

     « Planifions tout de suite la prochaine livraison »









Par Guillaume Woerner - Publié dans : Chroniques d'Aarklash
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Mercredi 14 janvier 2009


Le Lecteur


Par Guillaume "Metatron" Woerner












      Cher Père Noël,


      C'est la 16e fois que je t'écris.

      Une lettre par an.

      Ma lettre restera-t-elle une nouvelle fois sans réponse.

      Père Noël, as-tu gardé celle que j'avais écrite sur un parchemin ?

      Et celle écrite en rouge ?

      Toutes sans réponses.

      Toujours cette fin d'année morose.

      Toujours ces électrochocs, trois fois par semaine.

      Voila mon mal de tête qui revient.

      Le docteur m'a laissé ces grosses pilules qui ressemblent à des morceaux de ciment, à prendre sans faute tous les matins.

      Parfois, je les cache dans mon oreiller : alors j'arrive à lire.

      C'est mon secret.

      Personne n'a jamais voulu me croire.

      Ils n'ont plus que les électrochocs pour se persuader que tout ça n'existe que dans ma tête.    

      Pour mon cerveau malade, dit le docteur Hauber. C'est lui qui le premier m'a rasé la tête pour me poser les électrodes. 

      Mon mal de crâne devient insupportable et la lumière m'incommode : je reprendrai plus tard.


*****


      Lire, lire...

      Je n'aime pas les livres. Quand j'habitais encore chez Mutti und Vati, on m'offrait des livres à Noël.

      Je les trouvais ennuyeux.

      De petits caractères couchés sur du papier par une machine. Les lettres gothiques se suivent et se ressemblent. Les personnages ne sont rien que des amalgames de paragraphes, du papier sans âme ni couleurs.

      Cela fait bien longtemps que je n'ai plus de livres dans ma cellule.

      Cela fait bien longtemps que je n'ai plus rien : un lit en fer, une table en fer, une chaise en fer, et des barreaux aux fenêtres.

      Avec une plume et du papier pour écrire quelques lettres de temps en temps, surtout à toi, Père Noël.

      Pourtant, ils pensent que je coûte encore trop cher.

      "Un malade coûte quotidiennement 4 Reichsmarks, un infirme 5,5 RM, un criminel 3,5 RM. Il y a en Allemagne 300.000 malades mentaux, épileptiques, ... qui reçoivent des soins permanents. Calculez combien coûtent annuellement ces 300.000 malades mentaux et épileptiques. Combien de prêts non remboursables aux jeunes ménages à 1.000 RM pourrait-on faire si cet argent pouvait être économisé ?".

      Voila les exercices mathématiques qui sont à présent proposés dans les écoles.

      Suis-je malade mental ?

      C'est ce qu'ils ont dit lors du procès.

      Tristes souvenirs...

      L'inspecteur d'hygiène raciale qui passe la classe en revue. Son froncement de sourcils lorsqu'il constate mon strabisme et ma jambe tordue. Et le coup de tampon fatidique sur mon formulaire, comme une condamnation à mort : stérilisation par vasectomie.

      J'imagine que c'est le choc de l'opération qui m'a fait dérapé quelques jours plus tard. Sur le chemin de l'école, j'avais croisé ce jeune homme : Odbart. Il était au courant du traitement que je venais de subir. Ça le rendait heureux et il y voyait comme un signe annonçant l'age d'or de l'humanité. Ou plutôt de la race humaine, à laquelle je ne faisais pas partie. Sa méchanceté m'avait blessé, mais plus que tout, j'avais lu en lui le destin qu'il souhaitait pour les Untermensch : des carcasses décharnées, jetées par les SS Totenkopf dans des fosses communes emplies de chaux vive pour dissoudre les chaires. Tsiganes, Juden, ... et les gens comme moi.

      Je me souviens de cette litanie qui sifflait comme un serpent dans son esprit : la nature ne destine à vivre que les meilleurs et anéantit les faibles.

      Pour la première fois, le don qui m'avait toujours habité devenait une arme. Je lisais en lui, et j'arrachais au fur et à mesure les pages du livre de son âme. Une par une, jusqu'à ce qu'il s'écroule, réduit à l'état de légume.

      Père Noël, peut-être sais-tu déjà tout ça.

      C'est sans doute pourquoi tu ne m'as jamais répondu : suis-je finalement du même bois que ceux qui prônent l'épuration ethnique ?

      Pourtant, cher Père Noël, comme chaque année, je te demande de faire quelque chose pour moi.

      Une journée comme une personne normale.

      Que les gens cessent de détourner le regard en croisant mes yeux bigleux ; que les infirmiers ne craignent pas de s'approcher de moi lorsque leur revient en mémoire le souvenir de Odbart ; qu'on me laisse marcher sans craindre que ma jambe ne se dérobe sous moi.

      Je sens que le docteur Hauber arrive. Il entre dans le couloir, avec mon dossier à la main. Les médecins sont faciles à lire : sans doute la rigueur à laquelle ils ont été formé.

      Le docteur Hauber n'est pas mauvais : il est simplement persuadé que ma folie est incurable. Les électrochocs et les pilules ne sont qu'un moyen de me tenir tranquille. Et de justifier l'argent que versent chaque mois Mutti und Vati.

      En tout cas, voici l'heure de mon traitement.


****


      Au travers des barreaux de ma fenêtre, je les vois qui entrent dans la cours. Pistolets, Gummi, brassards.

      Le dos droit, la casquette vissée sur leurs cheveux blonds... On croirait une brochure du parti.

      Ils entrent en courant dans le hall. La réceptionniste ne fera rien pour les retenir. Voila trop longtemps que je suis ici : ses pensées n'ont plus de secrets pour moi. 

      J'entends des bruits dans les escaliers. Je sens leurs esprits qui approchent.

      A nouveau, la litanie retentit : La nature ne destine à vivre que les meilleurs et anéantit les faibles.

      Ils vont nous emmener.

      Tous les pensionnaires de l'asile.

      Dans la cours, je vois les premiers malades qui sont traînés jusqu'à un camion.

      Et parmi eux...

      Je parviens à sourire : Odbart, porté comme un sac à patates, fait partie du lot. Depuis toutes ces années, il était dans le même bâtiment que moi.

      Subissait-il lui aussi des électrochocs ?

      Je sens la panique de mes camarades hospitalisés. On les bat, on les pousse dans les escaliers, certains vont mourir avant même d'atteindre le camion.

      J'entends la clé que l'on tourne dans la porte de ma cellule.

      C'est mon tour.

      Cher Père Noël : je te promets que cette fois, je ne leur ferai pas de mal.



Lettre trouvée en 1945, dans l'hôpital de Stephansheld. En 1943,  parvint l'ordre de transférer 50 malades de Stephansheld à l'hôpital psychiatrique d'Hadamar, connu comme centre d'extermination des malades mentaux.


Par Guillaume Woerner - Publié dans : Divers
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Samedi 20 décembre 2008


Les Vivants d'Achéron

Partie 2



Par Guillaume "Metatron" Woerner



Partie 1

Partie 2

Partie 3






7 è jour du loup mort


     Hier, des Questeurs d'achéron sont venus à la ferme réclamer les impôts.
     Odéa et moi sommes trop jeunes pour payer, mais Père et Mère ont du verser leur contribution.
Au cours d'un rituel, les questeurs ont prélevé une partie de leur énergie vitale. Père et Mère étaient vidés après ça : c'est à peine s'ils arrivaient à articuler un mot. Il paraît qu'il faut une semaine pour s'en remettre.

     Je hais les questeurs.

     Père dit que c'est comme ça et que ceux qui se révoltent sont torturés dans la forteresse de Dominatrus.
     Il dit que c'est mieux que d'utiliser ce que les Griffons et les Lions appellent monnaie.

     Je ne sais pas...

     Père et Mère avaient l'air si faibles : on aurait dit qu'ils avaient perdu de leur substance et qu'on voyait le sommier de bois par transparence sous leurs corps...

     Heureusement, ils avaient prévu le passage des questeurs et avaient préparé quelques fruits secs pour la semaine, car ils ne seront pas en état de faire à manger.

     Mais il va falloir se rationner une fois de plus. Et dire que les tempêtes de poussière de l'été ne sont même pas encore arrivées... J'ai peur pour cet hiver.




19 è jour du loup mort


     Ce matin, une grande armée a contourné le village.

     Tous les enfants ont voulu accourir pour admirer les squelettes et les pantins qui la composaient, mais aussi pour s'extasier devant Dominatrus, le Seigneur Crâne.

     Les parents veillaient et nous avons tous été consignés dans la halle du marché, jusqu'à ce qu'ils soient passés.

     Il parait que, quand il part à la guerre, Dominatrus aime trucider les vivants qu'il croise pour les incorporer à ses zombies de combat.

     Les grands ont dit qu'il partait combattre Sarax le Nécromant, au sud du Bois Bleu.

     Père a expliqué que ce sont des joutes à blanc. Aucun  vivant ne participe et les squelettes qui composent les osts sont en grande majorité relevés à la fin du combat.

     Il semble que ce soit une sorte de jeu de stratégie, mais qui permet aussi à nos gouverneurs de se défouler.
     Père trouve ça stupide de gaspiller de précieuses gemmes de ténèbres pour un jeu. Il parait même qu'une loi a été adoptée par la maison de Brisis visant à interdire ces guerres privées.

     Moi, plus tard, j'aimerais bien diriger aussi une armée sans jamais à me soucier des pertes.

     Mangrove, le fils du tailleur de stèle, veut plutôt être pantin morbide et se battre avec le fémur de son père, qui est l'homme le plus grand du village.

     Quel crétin...

     Quand je pense que Mabellia en pince pour lui et minaude avec ses yeux sans pupilles... Je me demande ce qu'elle lui trouve.

     Moi, mon frère sera bientôt l'écuyer du Sire Marguth pour devenir Paladin Noir à son tour. Et à ce moment là, peu lui importera le sort d'un ou plusieurs pantins morbides. C'est lui qui les enverra en première ligne essuyer le feu des fusiliers.


Par Guillaume Woerner - Publié dans : Chroniques d'Aarklash
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Samedi 13 décembre 2008
Quelques news de Conflux, qui est à présent entré dans le top 20 de Lulu.com pour les ventes de la semaine du 8/12 au 14/12.

Merci à tous !



Par Guillaume Woerner - Publié dans : Conflux
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Samedi 6 décembre 2008
Conflux - Le livre



C'est avec une grande émotion que je vous annonce que Conflux, le roman sur lequel je travaille depuis 2001, est à présent disponible sur le site lulu.com.
http://www.lulu.com/content/4966457


Conflux, c'est un travail de longue haleine, avec l'imagination d'une ville à la croisée des dimensions, qui me permettait une grande liberté : mythologie classique, fantastique, agents secrets, mais aussi humour, ambition et jalousies...


Bref, une expérience enrichissante qui en appelle d'autres.

En attendant, je vous remets les clés de la ville : si l'hôtel Pilton a refusé votre carte de crédit, plantez votre tente dans le quartier nomade, faites du shopping dans les halles marchandes, assistez aux débats du Dominopole, et avec un peu de chance, faites vous inviter aux fastueuses réceptions dans les palais de Bois Senteur.
Par Guillaume Woerner - Publié dans : Conflux
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Jeudi 27 novembre 2008

Les Vivants d'Achéron

Partie 1



Par Guillaume "Metatron" Woerner






Avec délectation, Medard feuilletait les pages jaunies du carnet de voyage de Metatron.

Ecrit à la première personne, il semblait avoir été rédigé sous la dictée. En effet, aucune archive ne mentionnait que la famille de Metatron soit issue de la baronnie maudite d'Achéron, cette terre hostile sous la coupe de terribles nécromants.

En revanche, on retrouvait dans un registre poussiéreux la participation d'un certain Meth A'tron à une colonie de vacances - "hors du commun" précisait un vieux prospectus -, organisée par une antique agence de voyage de Conflux.

Le propriétaire, un vampire débonnaire, avait d'ailleurs une excellente mémoire, puisqu'il se souvenait encore de l'adolescent taciturne et de petite taille juste avant son départ pour la baronnie.

Medard se mit un mémo pour interviewer le mort vivant afin d'avoir un témoignage de première main pour la préface de l'anthologie.



 


Partie 1

Partie 2

Partie 3

 







12 è jour de la Manticore


      Aujourd'hui, il n'a pas arrêté de souffler un vent glacial et sec comme une momie.

      Ce soir, Père a débouché une bouteille de Mortini pour annoncer une grande nouvelle.

      Ambert, notre pantin morbide défraîchi va enfin être remplacé.

      Apparemment, la bataille de Kaïber a permis de remplir les stocks de squelettes et de zombies pour plusieurs mois.

      C'est Maître Zurak, le fossoyeur du comté, qui est venu nous l'annoncer en personne. Il n'a d'ailleurs pas oublié de trinquer avec nous et plusieurs fois encore. M'est avis que les pantins ne marcheront pas droit demain.

      Ca me fait quand même bizarre de voire ce nouveau zombie parmi nous.

      Il paraît que c'est un de ces fanatiques de l'Akkylanie, un templier du Griffon. En tout cas, il a l'air d'avoir les os solides et il a tout de suite été adopté. Odéa est toute excitée et lui a fait un collier de feuilles mortes.

     Toute la famille a longuement discuté pour savoir comment on allait l'appeler.

     C'est finalement Mère qui a trouvé le nom de Griffard, en rapport avec ses origines.

     Demain, il reprendra les tache de Ambert (tracer les sillons, couper du bois, consolider le petit muret entre notre ferme et la grand route de la forteresse...)

     Quant à Ambert, ses os ne tiennent plus vraiment le coup. Père l'avait réparé quatre fois rien que l'année dernière.

     Du coup, il va aider Mère au ménage dans la maison, ce qui ne devrait pas trop l'user.



2 è jour de la croix brisée


     Sadân est en permission cette semaine et il est rentré passer quelques jours à la maison.

Ca faisait plaisir de revoir mon frère.
     Apparemment, il est très occupé à la forteresse. Notre gouverneur, le Seigneur Crâne Dominatrus, a fait face à un soulèvement d'un nécromant dans le Nord du comté.

      Selon Sadân, le conflit a été réglé plutôt rapidement. Lui-même est monté à l'assaut des rebelles et s'est honoré au combat. En attirant l'attention des paladins, il espère pouvoir remplacer l'écuyer Satariel, mort il y a quelques mois et dont la dépouille était si abîmée que c'est à peine si on pouvait se tailler un manchon dans son cuir. Il était au service de Marguth, le paladin noir, mais celui-ci n'a toujours pas choisi son remplaçant. Je croise les doigts !

     S'il est désigné, mon frère pourra côtoyer les seigneurs de la région et vivre dans le donjon avec son maître. Et peut être qu'il aura l'honneur de combattre à Kaïber...

      Père et Mère seraient si fiers...



14 è jour de la croix brisee


      Mauvaise nuit.

      Des goules ont attaqué l'enclot des chèvres.

      Morille et Tubercule ont été dévorées avant qu'on puisse faire quoique ce soit.

      On voit bien que Griffard a été un combattant. Quand Père lui a ordonné d'attaquer, il a brisé une bûche sur le dos d'une goules.

      Elle s'est enfuie avec ses congénères dans la forêt en boitant bas.

Mère dit qu'elle est sans doute blessée gravement et qu'elle ne pourra pas empêcher les autres de la manger.

      Bien fait.

      Père a expliqué que les goules sont les pires des abominations, devant même les Griffons et les Lions. Pour lui, soi on est vivant, soi on est mort. Mais avec les goules, on ne sait jamais trop où elles se situent. En tout cas, Morille a été zombifiée par le fossoyeur. Avec les sorts de conservation, on pourra encore profiter de son lait pendant un mois.

      Après, elle fera du fromage de tombe. J'en salive d'avance.

      La grange est bien sèche : on espère la garder encore longtemps.

      Par contre, Tubercule est inutilisable.

      Sa carcasse ne pouvait même pas faire un ragoût car les goules transmettent trop de maladies. Le fossoyeur l'a emportée : elle servira à raccommoder les zombis endommagés de Kaïber.






Par Guillaume Woerner - Publié dans : Chroniques d'Aarklash
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Dimanche 23 novembre 2008


La charge des maîtres


Par Guillaume "Metatron" Woerner

Dessin de Corentin Perron (10 ans !)






Satisfait, Medard inséra les feuillets dans le dossier recueillant les oeuvres de Metatron le voyageur.

Le texte en question était extrait d'un carnet de voyage, alors que Metatron parcourait la terre du milieu à pied.

Le sage avait planté sa tente dans une plaine à quelques lieues d'une ville appelée Minas Tirith, ce qui lui avait permis d'assister à une terrible bataille.

Selon certaines archives controversées, cette bataille aurait été l'apothéose de la Guerre de l'anneau.

Cependant, la plupart des historiens rejetaient cette dénomination : entraîner tout un monde dans la guerre à cause d'un anneau relevait de l'ineptie pur et simple.

Medard rangea son dossier, en songeant à la dernière guerre de l'anneau à laquelle il avait assisté : le divorce épique du premier rayonneur.









Qui étais-je pour m'opposer à sa volonté ?

Comme pour me rappeler que je n'étais qu'un instrument entre ses mains, l'aiguillon me perça le flanc pour m'obliger à avancer.

J'aurai pu ruer, jeter à terre ces insignifiantes créatures... Mais comment s'affranchir de la domination mentale qu'ils avaient pris soin d'établir depuis toutes ces années ?

Je n'étais qu'une bête, il était l'esprit.

Bien sur, j'y trouvais mon compte : des repas copieux et des soins quotidiens, tout ça pour quelques heures de combats de temps en temps.

Ma stature titanesque terrifiait chacun de mes adversaires qui fuyaient sans même échanger quelques coups.

De temps à autres, quelques combattants téméraires se jetaient au devant de moi, espérant un improbable exploit. Ils finissaient invariablement piétinées par ma charge dévastatrice.

Aujourd'hui, ce n'était qu'un nouveau combat. Un de plus dans la longue série de ma carrière de guerrier.

Cependant, ce n'était pas une simple escarmouche, ou l'une de ces guerres qui opposent des chefs de clan pour quelques acres de désert. Mes maîtres m'avaient conduit jusqu'ici accompagné de plusieurs de mes semblables. Notre marche nous avait conduits au travers d'incroyables paysages. Les frimas avaient remplacé la torride chaleur des pays de Suladãn. Le désert sans fin s'était transformé en étendues herbeuses dominées par des pics enneigés.

Un coup d'aiguillon me ramena à la réalité, m'obligeant à me positionner au premier rang de l'immense armée qui m'entourait.

Je frissonnai et jetai un regard à mes congénères qui m'avaient rejoint.

Leurs regards étaient braqués sur l'incroyable cité enroulée comme un serpent nacré au pied de la montagne.

Les rayons du soleil faisaient miroiter les épées et cuirasses des combattants en arme massés sur les mâchicoulis.

Piètre défense, alors qu'autour de moi et jusqu'à perte de vue, de petites créatures en armes s'apprêtaient à monter à l'assaut de la citadelle.

La ville n'avait aucune chance.

Cette fois, l'aiguillon me frappa au sommet du crâne.

C'était le signal.

Levant ma trompe, je poussais un barrissement tonitruant qui raisonna sur les flancs déchiquetés des montagnes. Il fut repris par des milliers de gorges : aujourd'hui, une nouvelle ère verrait le jour, pour le meilleur ou pour le pire.

Le premier, je m'élançai.

Quel était mon but ?

Pourquoi participai-je à cette guerre qui ne me concernait pas ?

S'agissait-il de la promesse du repas qui attendait les survivants une fois rentrés au camp ?

Etait-ce pour prouver ma virilité, ma force, ma valeur ?

A qui ?

Non, la seule raison qui me faisait charger les malheureuses créatures bipèdes qui entonnaient leur champ de guerre, c'était la liberté.

Jamais personne n'avait été assez téméraire pour me piquer en plein combat.

Les prochaines heures seraient à moi, et à moi seul.

A mes côtés, mes comparses couraient, avec la même rage dans les yeux.

Euphorique, je barrissai de nouveau.

C'était la charge des Mûmakil.

A cet instant, nous étions les maîtres.





Par Guillaume Woerner - Publié dans : Divers
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