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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 22:52

 

 

 

- Chronique -

Les Crânes de l'Apocalypse

 

Roman de Serge PARMENTIER  - Editions Rivière Blanche 

 

 

http://www.riviereblanche.com/cranes01.jpg

Gilles Novak, directeur du magazine Sciences Cachées, reçoit par colis un mystérieux crâne de cristal accompagné d’une invitation. Le voila lancé sur la trace des autres crânes accompagné de Albert, capable de voyage astral.

 

On va tuer le suspens tout de suite : « Les Crânes de l’Apocalypse » n’est pas le meilleurs livre publié par Rivière Blanche.

Le livre regroupe les théories ésotériques les plus classiques (atlantes, cavité sous le sphinx, voyage astral…) pour proposer un voyage autour du monde sur les sites « énergétiques » les plus courus (temple inca, île de paques, Egypte…).

Selon moi, la raison de la publication de ce livre est à chercher ailleurs que dans la pure qualité littéraire de l’ouvrage. Je vois ce roman comme un double hommage.

Un hommage à Jimmy Guieu, le créateur du personnage de Gilles Novak, et décédé en 2007.

Et un autre hommage à Serge Parmentier, autorisé à poursuivre les aventures de Novak dont il était fan et lui aussi, décédé en 2010.

La longue préface de Philippe Ward, directeur de Rivière Blanche, montre l’implication de Serge Parmentier dans la construction de plusieurs romans de Rivière blanche (relecture, exhumation d’archives romanesques…). C’est suite à cette longue immersion bénévole dans le monde de l’édition que Philippe Ward a mis Serge Parmentier au défi de se lancer dans l’écriture d’un roman. Je vois l’édition des Crânes de l’Apocalypse  comme un grand merci, la possibilité de réaliser un rêve.

Alors bravo à Rivière Blanche pour cette attention. En espérant que les fans du personnage de Gilles Novak y trouvent leur content d’aventure.

Par Guillaume Woerner - Publié dans : Chroniques
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Jeudi 29 décembre 2011 4 29 /12 /Déc /2011 09:17

 

 

 

- Chronique -

Des nouvells du Celsa

 

Recueil de nouvelles aux Editions Kyklos

 

 

9782918406211

 

Grande école rattachée à l'université Paris-Sorbonne (Paris IV), le CELS A dis p ense de s formations de haut niveau en journalisme, communication, marketing, publicité, médias et ressources humaines.

Le recueil Des nouvelles du Celsa constitue un échantillon des meilleures nouvelles rédigées par les étudiants et sélectionnées par un jury de professeurs. Initiative originale, ces sept nouvelles sont à présent publiées aux Editions Kyklos. Je les remercie en passant de m’avoir fait parvenir ce beau recueil : la lecture est rendue confortable par une police large et des paragraphes aérés et surtout, quel plaisir de manipuler ce beau papier qui donne un aspect luxueux au produit fini. Dommage que la couverture soit si dépouillée.

Ouvrons ce bel ouvrage pour découvrir ce que nous proposent les sept auteures. Oui, il n’y a que des filles !

 

 

 

Pelure d’Oignons (Par Sophie Dupin de Saint Cyr)

 

Pelure d’Oignons, le lapin le plus mignon du monde, fait le bonheur de son clochard de maître. C’est même son gagne pain dans ce Paris arpenté par des truands.

Si vous cherchez du misérabilisme contemporain, passez votre chemin ! Ici, ça bouge !

Mâtin ! Quelle plume ! C’est enlevé, dynamique, pétillant ! Avec en prime, une expression digne de Fred Vargas (c’est un compliment ;)) : « faire pancarte » !  

Cependant, défaut il y a : la dernière partie, avec l’épicier arabe, est en trop. Elle ne fait que reprendre la recette des rebondissements précédents. Le récit s’essouffle. D’autant que c’est dommage, car il me semblait que la scène où les deux sœurs se retrouvent sous le pont avec le clochard pouvait faire office de fin.

 

 

Salaud de Deacon, pauvre Bridget (Par Laurence Gardella)

 

Dans les hauts de l’île de la Réunion, les femmes se tournent volontiers vers Saint Expédit, qui a la faculté d’exaucer leurs prières pour le meilleur… mais aussi pour le pire. Car qui peut deviner les desseins d’une entité séculaire ?

De toute évidence, ce ne sera pas le lecteur. Saint Expédit, en répondant aux prières des femmes, change la société en profondeur. Mais on ne voit pas quelle est la finalité de tout ça. Le texte dénonce t-il les malheurs de la femme réunionnaise ? Ou au contraire vise-t-il à souligner qu’en demandant, on n’obtient pas forcément ce qu’on veut ? Ou encore qu’un génie peut se piéger lui-même ? Bref, le fameux contrat avec le lecteur dont parle Orson Scott Card n’est pas limpide. Le lecteur peut se consoler avec les scènes de la vie quotidienne à la Réunion et quelques mots de créole.

 

 

Espoir et Spire (Par Justine Richard)

 

Scènes de vie de la famille Brest, modestes cultivateurs de choux de la vallée du Roundwihr. Voila la quadrature du cercle : d’un côté, Père Brest, maman Brest et leur rejeton, symboles d’immobilismes. De l’autre, Lou la pétillante adolescente qui étouffe dans cette vallée. L’originalité du récit, c’est ce découpage en cours chapitres, Cercle du village, cercle de Lou… Une impression de zoom bien rendue, avec des descriptions qui parviennent à traduire la sclérose de la famille Brest. Cependant je regrette une certaine facilité dans certains détails : une héroïne rebelle et rousse (quoi de plus banal), des paysans (je n’ose même pas employer le terme agriculteur) quasiment inhumains à force de répétition des mêmes gestes (j’allais dire qu’ils tournaient en rond !), et une fin inéluctable, qui ne laisse du coup aucune surprise. Une nouvelle sauvée par la  plume de l’auteur, habile à multiplier les habitudes et rituels d’un quotidien lénifiant.

 

 

Les silences de Minh (Par Sophie Peltier-Le Dinh)

 

Minh fuit le Viet Nam pour la France. Un pays où il lui faudra se reconstruire au travers des évènements des années 60. Une fresque mélancolique qui s’étale sur plusieurs dizaines d’années. La narration est douce, toute en nuance, en phase avec Minh, personnage effacé mais qui pourtant parvient à mener sa barque. Une nouvelle optimiste où on voit que rien n’est irréversible. 

 

 

L’éclipse (Par Marianne Barrett)

 

Un thème difficile, celui de la perte de l’être aimé, et du trou noir qui s’en suit.

Paradoxalement, j’ai trouvé que les pages décrivant le décès et le manque affectif étaient plutôt fades. On retrouve un bouillonnement d’émotions qui finalement sonne déjà entendu. Comme quoi, mes lectures et/ou films m’ont probablement saturé de scènes dramatiques ! La nouvelle prend son envol après les pages blanches marquant l’écoulement des mois. La remontée de l’enfer est bien dosée et touchante. Renouer les liens avec les choses du quotidien, les amis, le travail… D’autant plus que je connais plusieurs des lieux évoqués et j’ai parfaitement visualisé les scènes (RER B, son terminus…). Dommage que l’homme bouée de sauvetage soit si mystérieux. Une solution de facilité qui permet cependant de maintenir Sophie sous la lumière, elle qui en a tant besoinJ.

 

 

Pomme de Discorde (Par Clara Melot)

 

Vincent, qui tient un stand de tire dans une fête foraine, croyait avoir laissé son ancienne vie dans les brumes du passé. Mais le regard inquisiteur d’une petite fille l’oblige à faire face aux démons qui le hantent.

Cette nouvelle, superbement écrite, est peut être ma plus grande déception. L’écriture est magnifique, les mots s’écoulent, la fête foraine prend vie, avec ses cornets de frites, le boche et ses chevaux de bois… Les pensées torturées de Vincent se déploient de manière presque palpable, grâce à une narration pour moitié à la première personne.

Et pourtant, déception car en trente pages, il n’y a pour ainsi dire qu’un seul et unique rebondissement (révélations sur la petite fille), pour aboutir une chute aussi improbable qu’en complet déphasage avec le reste de l’histoire. Mais je ne doute pas qu’avec une telle maîtrise de la plume, le prochain essai ne manquera pas la cible.

 

 

Démon du jeu (Par Noémie Fachan)

 

Négligée par leur mère, Helga et Helmut se tournent vers les jeux vidéo pour trouver un sens à leur vie. Mais quand le jeu devient la vie, la vie devient un jeu.

Moderne, drôle et grinçant à la fois, cette nouvelle est mon coup de cœur de ce recueil. Une franche réussite, alors que l’auteur a pris plusieurs risques dans la forme : tchat entre deux personnages, configuration d’un personnage dans le jeu Another Life… Cette forme pourra rebuter les lecteurs les plus classiques, mais constitue selon moi une belle ouverture vers ce que pourrait être le roman de demain. Après tout, le tchat devient une forme de dialogue aussi établie que l’oral. Alors pourquoi ne pas le décliner dans l’écrit ? En tout cas, bravo pour ces personnages bien campés, et cette fin glaçante !

 

 

 

 

Conclusion

 

Sept auteures d'une vingtaine d'années, pour sept nouvelles qui présentent toutes un point commun : une finesse de plume redoutable. Vous l'aurez compris, je suis plus circonspect sur le scénario de plusieurs des nouvelles, mais nos sept jeunes filles ont déjà dans leur arsenal une écriture colorée, émouvante et dynamique. Espérons que la coopération du Celsa et de Kyklos se poursuive : quelle chance de pouvoir entrer dans le bain de l'édition si vite !

 

 

Par Guillaume Woerner - Publié dans : Chroniques
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Mercredi 16 novembre 2011 3 16 /11 /Nov /2011 21:24

 

 

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Croix de Savoie

 

 

 

 

 

 Par Guillaume "Metatron" Woerner

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Emmanuel salua encore une fois la foule en liesse depuis le balcon d’honneur.

« Savoie ! Savoie ! »

Les fusées illuminaient les massifs montagneux des Bauges et de la Chartreuse qui dominaient Chambéry, hissée au statut de capitale.

Après un dernier signe de main, le nouveau président s’arracha aux acclamations pour rejoindre les salons du palais de justice, où les VIP se mêlaient aux fidèles de la première heure.

Le champagne coulait à flot.

« A la Fédération de Savoie ! Et à son président ! »

Le toast fut repris en cœur par les convives.

Tout sourire, Emmanuel se saisit d’une coupe sur un plateau et leva son verre :

« A la Savoie ! Et à ses gardiens ! »

Des années de lutte et de tractations complexes trouvaient leur aboutissement ce soir. L’heure était à la détente.

Après tout, ce vingt-neuf septembre devenait à compter de ce jour la fête nationale de la Fédération de Savoie !

Laissant ses invités profiter de la fête, il se fraya un chemin dans la cohue jusqu’à son bureau. Un chemin jalonné de poignées de main, de tapes sur l’épaule et d’embrassades.

Mais ce fut avec délice qu’il claqua la lourde porte matelassée de cuir derrière lui.

Enfin seul, il desserra sa lavallière avant de se laisser tomber dans son fauteuil.

Bel homme de quarante cinq ans à la crinière blonde, il avait cette largeur d’épaule qui en imposait sans excès. Cette image rassurante l’avait beaucoup aidée durant sa campagne, mais aussi au cours des négociations avec la France, où ses talents de diplomates avaient fait merveilles.

« Emmanuel Doria, président de la Fédération de Savoie. » dit-il à voix haute.

Ses arrières grands parents avaient régnés sur l’Italie à la charnière du XIXe et du XXe siècle. En remontant plus loin, on retrouvait parmi ses aïeux une longue série de ducs de Savoie. Se retournaient-ils dans leur tombe aujourd’hui ? Malgré ses origines prestigieuses, il n’en avait jamais fait étalage. Il s’était fait un nom localement après avoir travaillé en tant qu’architecte sur plusieurs tunnels dans les Alpes. A cette époque, il avait déjà intégré la Ligue Savoisienne. Vingt-cinq ans de lutte pour atteindre le graal de l’indépendance.

Le président ouvrit un placard et en sortit une bouteille de Whisky, un Lagavulin 50 ans  d’age, offert par l’Ecosse, pays ami.

La porte du bureau s’ouvrit discrètement.

« Je savais que te trouverais ici, fit Jean Allenbach, en se glissant par l’entrebâillement.

— Sacrée journée ! Qui aurait cru que tout se passerait si vite ?

— Rien ne pouvait entraver la marche de la Savoie libre, monsieur le président. »

Emmanuel s’esclaffa, en lui tendant un verre. La nervosité habituelle de Jean, à laquelle il devait sa calvitie, avait fait place à une douce euphorie.

« Il faudra vous y faire, et pour les cinq prochaines années !

— C’est vrai ! Bon sang quel succès ! 78 % de oui à l’indépendance ! Et dans la foulée, me voici élu avec 60% des suffrages !

— Alors à la votre, fit Jean en levant son verre.

— Puis-je vous interrompre quelques instants ? »

Marzio Lovini était entré sans que les deux hommes ne l’entendent.

Grand, mais efflanqué, cet ancien professeur de musique était un formidable travailleur de l’ombre. Il voyait l’arène politique comme une gigantesque symphonie, avec ses clés de sol, ses ut, contre-ut, crescendo et fortissimo. Jamais plus à l’aise que dans les réunions informelles où son esprit acéré faisait des ravages, il pouvait se fondre dans les basses ou jouer solo.

« Quel hommage pour le simple président que je suis ! Me voici réuni avec les deux principaux artisans de notre victoire !»

Il tira de son tiroir un verre supplémentaire.

« Prends-en un de plus, fit Marzio. Il y a un notable qui brûle d’impatience de te rencontrer. »

Comme à son habitude, le conseiller ne s’embarrassait pas du protocole. Il était direct et abhorrait les discussions oiseuses. Cependant, le ton qu’il employait tenait plus de l’ordre que de la sollicitation.

« Et bien, fais-le entrer ! »

Il s’effaça pour céder le passage à un homme au visage poupin barré d’une moustache poivre et sel. Grand, impressionnant de carrure, ses yeux d’un bleu limpide trahissaient ses origines slaves.

« Pazdravliaïèm ! » lança-t-il.

Dans un mélange de russe et de français, il s’élança pour congratuler le nouveau président, avec forces embrassades et poignées de main viriles. De toute évidence, il avait déjà bien profité de la soirée.

Surpris et amusé par une telle démonstration, Emmanuel ne put s’empêcher de sourire.

« Et bien, monsieur, bienvenu en Savoie ! Mais nous n’avons pas été présenté ! »

Marzio s’approcha et distribua les verres de Whisky.

« Voici monsieur Saprodinov, grand amateur de Listz, ce qui ne manque pas de sel puisqu’il est aussi plénipotentiaire de la république autonome des Komis.  Il serait honoré si son pays pouvait être le premier à ouvrir une ambassade chez nous. »

Le nouveau président, pris de court, jeta un regard en coin à Jean.

« Les Komis ? »

Le Russe éclata de rire et flanqua une nouvelle bourrade sur l’épaule du président.

« Komis, république autonome du Nord de Russie, à l’ouest de Oural. Beaucoup pétrole, gaz, or,…

— A vrai dire, intervint Marzio, les Komis jouissent d’un sous sol exceptionnel et des fortunes colossales se sont construites là bas. Ce qui leur a permis de construire une très belle salle de concert à Syktyvkar. » glissa-t-il en aparté.

Emmanuel était loin de maîtriser les arcanes de la politique intérieure russe. Il se méfiait de ces immenses territoires gouvernés par des oligarques tout puissants. Voir le nom de la Savoie associée aux Komis nécessitait quelques vérifications. Qui disait qu’on ne trouvait pas là-bas une situation comparable à celle du Daguestan ou de la Tchétchénie ?

« Monsieur, la Savoie vous remercie de l’attention que vous lui portez. Votre demande sera étudiée lors du conseil de demain après-midi. En attendant, trinquons !

— Na zdorovié ! »

Le Russe leva son verre et avala cul sec le breuvage. Un instant, Emmanuel crut qu’il allait jeter le cristal par-dessus son épaule.

« Je venais excuser, reprit Saprodinov en posant sa main sur le cœur. Je ne pourrai assister au conseil. »

L’atmosphère se refroidit subitement, alors qu’Emmanuel interrogeait à nouveau Jean du regard.

« Mes excuses, reprit le Russe. Voyage en Suisse prévu de longue date. Je ne pourrai pas venir. »

Evitons un premier incident diplomatique, songea Emmanuel en se passant une main dans les cheveux. Il fit le tour du bureau pour revenir dans son fauteuil. Il était temps de marquer quelques distances.

« Je regrette, mais ce n’est pas envisageable. Le conseil regroupe le président de l’état fédéral, les ministres, …

— Et le gouverneur de la Banque de Savoie, compléta Marzio.

— Absolument, conclut Emmanuel, agacé par cette situation ubuesque. M. Lefever sera des nôtres.

— M. Lefever a quitté ses fonctions suite à réunion exceptionnelle du conseil d’administration, expliqua M. Saprodinov. Komis détiennent 51% des obligations émises par Banque de Savoie. Aussi, je très honoré d’avoir été désigné comme nouveau gouverneur. »

Le Russe gonfla le torse et ouvrit les mains.

« Je très heureux de participer au développement de votre pays. »

 

 

***

 

 

Abandonnant les rues encombrées de fêtards, la Mercedes s’élançait sur la A41 en direction d’Annecy. A cette heure de fête, la chaussée était déserte et les barrières de péage ouvertes.

« Ils vont m’entendre là-bas ! » cracha Emmanuel en frappant son accoudoir en cuir.

Jean servit les cafés d’une main tremblante. Sa nervosité avait repris le dessus.

« Gardons notre sang froid. Tout ça n’a pas pu arriver si vite !

— Il y a encore un mois, nous étions rattachés à la France, rappela Marzio, étonnamment calme.

— Comment personne n’a-t-il pu s’apercevoir que nos obligations à peine mises sur les marchés s’envolaient pour atterrir en Russie ?

— Nous avons manqué de prudence, concéda Jean. Mais les achats étaient effectués par des dizaines de petites structures localisées dans le monde entier. Comment deviner qu’il ne s’agissait que d’écrans pour la République des Komis ? »

Emmanuel siffla son café d’un trait. Le liquide brûlant estompa les vapeurs d’alcool dans lesquelles il baignait depuis le début des festivités. Il était temps de retrouver ses esprits. Le chauffeur menait la berline à toute vitesse et bientôt, le lac d’Annecy apparut dans toute sa beauté, reflétant la lune et les feux d’artifice. Emmanuel fut saisi par l’apaisement qui le gagnait chaque fois que son regard portait sur ces eaux limpides.

Ragaillardi, il profita du spectacle alors que la voiture suivait un itinéraire bis pour contourner les grands axes. Ils atteignirent enfin l’ancien atelier monétaire du Genevois, à présent siège de la Banque de Savoie. L’impressionnant bâtiment blanc prenait alternativement les teintes des fusées qui explosaient dans le ciel étoilé.

Emmanuel monta les marches du perron quatre à quatre, suivi de Jean et Marzio. Un groupe d’hommes en costume palabrait dans le hall.

Le nouveau président frappa à la porte vitrée avec autorité.

Les hommes se retournèrent, révélant leurs mines défaites. Ils firent signe aux vigiles en service de déverrouiller la grande porte.

« Allez vous m’expliquer ce qui s’est passé ici ? » tonna Emmanuel une fois qu’on l’eut fait entrer. Il avisa un homme d’une soixantaine d’années, qui gardait les yeux rivés au sol.

« Vous, Lefever, cracha-t-il en pointant un doigt menaçant ! Ce matin encore, vous étiez gouverneur de la Banque de Savoie. Par quel prodige avez-vous été contraint de céder votre siège à un Cosaque ? »

Lefever, dont l’esprit faisait vibrer les cercles politiques de toute la France, semblait ce soir accuser son âge. Il jeta un regard hagard à son président, en haussant les épaules.

« Montons dans un bureau, conseilla Marzio. La musique de chambre nous fera du bien. »

Pour la seconde fois de la soirée, on sentait sous cette proposition un ordre à peine déguisé. Emmanuel fronça les sourcils tout en se laissant entraîner vers l’ascenseur, accompagné de Jean et de Lefever, qui suivait tel un zombi. Le reste du conseil d’administration était trop heureux d’éviter les questions.

« Qui a accepté de voter pour ce Saprodinov ? » commença sévèrement Emmanuel une fois parvenu dans la grande salle de réunion. « Les votes se font à main levée : donnez moi tous les noms. »

— Il est trop tard, souffla Lefever d’une voix chevrotante. Trop tard pour faire marche arrière.

— Pourquoi avoir cédé si vite, et sans consulter le gouvernement, tenta Jean ? La banque de Savoie est un organisme public : ce n’est pas pareil que de détenir 51% d’une société privée !

— Ce Saprodinov nous aurait fait céder, explosa Lefever. L’indépendance a été acquise en acceptant le transfert d’une partie de la dette française à la Fédération savoyarde. Nous vivons largement à crédit. Notre stratégie était de gagner rapidement la confiance des marchés.

— En détenant autant de nos obligations, les Komis peuvent faire obstacle à tous nos emprunts, poursuivit Marzio. Sans bailleur de fonds, La Fédération deviendrait un état aux abois. Nous aurions du imposer un tel plan de rigueur, que le peuple se serait détourné de nous.

— Il aurait réclamé un retour dans le giron français. » souffla Jean à mi-voix, saisissant les implications.

Emmanuel, les mains sur les hanches, fit quelques pas dans la grande salle.

« Et qu’espère ce Saprodinov, en s’invitant chez nous ?

— Le secret bancaire absolu. » lâcha Lefever.

Les hommes s’entr’regardèrent. La situation aurait pu prêter à sourire. Par la fenêtre, Annecy était parée de ses plus belles couleurs, et les fanfares parcouraient la ville, fêtant l’indépendance et leur nouveau président. Un président qui se retrouvait quelques heures seulement après son élection à devoir lutter pour sauver son pays.

« Ces messieurs des Komis brassent des sommes d’argent considérables, grâce à l’extraction du gaz, du pétrole, et de toutes les merveilles que contient leur sous sol. Saprodinov a proposé que la Banque de Savoie devienne le réceptacle des plus grandes fortunes de Russie, et même du monde.

— Tous les paradis fiscaux se sont vus contraints de lever le voile sur leurs établissements financiers, renchérit Marzio. La Savoie n’est encore signataire d’aucun traité. Nous avons une partition vierge. Libre à nous de battre notre propre mesure. Pour devenir le pays le plus riche du monde ! »

Un rugissement monta de la gorge d’Emmanuel. Incapable de contenir sa rage, il se rua vers son conseiller. D’une poigne vigoureuse, il le saisit par le col et le plaqua contre la porte.

« Tu étais complice ? Tu nous poignardes dans le dos le soir de notre victoire !

 — Au contraire, répondit Marzio de sa voix calme. J’assure l’avenir de notre pays. La Suisse nous fournira les banquiers compétents. Savoie, état du luxe ! Eldorado des milliardaires ! Voila ce que nous allons devenir. Avec ces fonds, tous les projets sont permis. Parc d’éoliennes, JO d’hiver, orchestre symphonique… »

Incapable d’en entendre plus, Emmanuel le frappa au visage. Immédiatement, Jean s’interposa et tira le président en arrière.

Marzio tomba au sol et tâta sa mâchoire, incrédule.

« Vous feriez mieux d’être prudents, siffla-t-il en se relevant. Je suis en mesure de faire annuler le scrutin d’indépendance aussi vite qu’elle a été promulguée.

— Que vas-tu nous révéler à présent, rétorqua Jean ? Que Ben Laden est vivant ? »

Le félon se releva et toisa ses anciens compagnons avec un petit sourire triomphant :

« N’avez-vous jamais été surpris de découvrir les résultats du référendum ? 83% de oui à Thônon, 77% à Bonneville, 76% à Annemasse… La barre fatidique des 75 % a été aisément franchie dans toutes les villes majeures. Etonnant lorsqu’on sait que les sondages des années 2000 donnaient péniblement 50 % pour un détachement de la France.  

— Les ligues savoyardes n’ont jamais cessé leurs actions militantes, se récria Jean ! L’assemblée des Pays de Savoie nous dotait d’une assise politique reconnue par l’état !

— Laisse-le poursuivre, intervint Emmanuel. Qu’as-tu à nous dire ?

— Que nous devons notre indépendance à la République des Komis, qui n’a pas hésité à faire le sale boulot pendant que nous arpentions les salons parisiens. »

Lefever se laissa tomber sur une chaise.

« Ils ont truqué le scrutin ? »

Silencieux, Marzio se servit un verre d’eau à la fontaine. Sur la bombonne, un autocollant Evian arborait fièrement l’écusson de la maison de Savoie. Quelle ironie ! Emmanuel s’était préparé à prendre en main le destin de son pays depuis tant d’années. Il pensait avoir redonné la fierté à ses montagnes. Et voila qu’il les avait jetées dans la gueule d’un état dont il ne connaissait rien. Pour le coup, ses ancêtres devaient vraiment se retourner dans leur tombe.

« Je refuse de me prêter à une telle mascarade, fit-il. Si rien ne peut être fait pour stopper l’intrusion des Komis dans notre pays, je présenterai tout simplement ma démission. »

Marzio écrasa son gobelet en plastique :

« A ton aise. Mais réfléchis bien au point suivant : contrairement au référendum, ton élection n’était pas truquée. La république des Komis ne compte orienter que les décisions économiques de notre état. Infrastructures, social, … Tu auras carte blanche pour tout le reste avec des moyens que tu n’aurais jamais imaginé. »

Par la grande baie vitrée, Emmanuel contempla le lac d’Annecy, indifférent à l’agitation du monde. Il était à présent deux heures du matin passées. L’heure de faire un choix qui engagerait tout un peuple.

Les derniers feux d’artifice illuminèrent les toits de la ville encore un instant avant que la nuit ne reprenne ses droits.

 

 

Par Guillaume Woerner - Publié dans : Divers
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Dimanche 16 octobre 2011 7 16 /10 /Oct /2011 20:56

 

 

 

Main Gauche, main gauche

 

 

Par Guillaume "Metatron" Woerner

 

 

 

 

 

Medard feuilletait le journal l'Epique.

La une était consacrée à la victoire des Reiklands Reavers en final du Blood Bowl contre les Giants Nains. En double page centrale s'étalait la photo de la mêlée qui avait mobilisé les deux équipes au début de la seconde mi-temps. La résolution était si bonne qu'on parvenait à distinguer les coups par derrière, les morsures et les dents brisées. Mais aussi le nain Grugni, mort étouffé sous les bottes ferrées de ses comparses, et le receveur remplaçant des Reiklands, sur qui on avait diagnostiqué le record de cinquante cinq fractures à la fin du match. Il entrait ainsi dans la légende du Blood Bowl.

Medard referma le journal.

Le Blood Bowl était un sport magnifique ! Quel dommage qu'il soit interdit à Conflux, sous prétexte de santé public !

Ce combiné de violence et de tactique générait adrénaline à profusion, sur le terrain comme chez les spectateurs. On vibrait lorsqu'un blitzer percutait un adversaire pour lui planter dans les côtes son armure à pointes ; on pleurait de joie quand cette passe improbable arrivait dans les bras du receveur ; on huait les blessés adverses qui ne parvenaient plus à reprendre le match...

 

Medard partageait cette passion avec Metatron, dont les carnets étaient remplis d'anecdotes édifiantes sur ce beau sport. Le scribe ramassa sur son bureau les feuillets du texte qu'il avait péniblement retranscrit d'après des notes manuscrites. Voila un texte qui fleurait bon la sueur, l'herbe piétinée et le sang.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

« Qu’est ce que je fous là ? Je devais couvrir l’aile droite ! »

Rupen fixa Morg’n Thorg qui courait balle en main, droit sur lui.

Deux cents kilos lancés comme un boulet de canon.

Entre l’ogre et la ligne de Touchdown, Rupen.

Pas d’alternative.

Le trois-quarts prit une impulsion et plongea dans les chevilles du monstre.

« Tombe ! » 

Son armure vola en éclat au contact des chaussures doublées d’acier.

Craquement.

Nouveau craquement.

Rupen gicla plusieurs mètres en arrière.

Les yeux révulsés, le jeune humain entraperçut l’ogre franchir la ligne et marquer.

Un Touchdown synonyme de victoire.

Les Chaos All Star remportaient la finale du Blood Bowl au dépend des Reikland Reavers.

Rupen sombra dans l’inconscience.

 

***

 

« Il ne l’a pas raté ! »

Des murs blancs, zébrés de taches de sang. Des néons blafards. Des bruits de tronçonneuses…

Rupen, entre deux vertiges, reconnu l’infirmerie des Reikland.

Et le docteur Doussaint, avec ses lunettes en cul de bouteille, penché sur son épaule.

« Ca fait mal si je touche ici ? »

Une douleur fulgurante le ramena à lui.

« Filez-moi un truc, toubib ! » brailla Rupen, en se tordant sur la table d’examen.

Les sangles de sécurité se chargèrent de le maintenir en place.

Doussaint se détourna et farfouilla dans une armoire.

« Que souhaites-tu, mon petit ? »

L’esprit brouillé par la souffrance causée par ses os disloqués, Rupen n’hésita pas une seconde :

« Anesthésiez-moi ! Et remettez-moi sur pied ! »

Le doc avait-il souri ? Il s’approcha avec un clystère menaçant.

« Je veux faire bouffer la pelouse à cet ogre… » grogna Rupen avant de retomber dans les vap’.

 

***

 

Les finales étaient chaque année suivies d’une période bon enfant, où les clubs faisaient relâche.

On retrouvait les joueurs aux quatre coins du vieux monde.

Les équipes de peau-vertes allaient raser quelques hôtels de luxe sur la côte de Tilée, les elfes regagnaient Ulthuan, leur terre natale, et les créatures du chaos tentaient d’échapper aux inquisiteurs jusqu’à la reprise du championnat.

Ces deux mois de trêve bienvenue permettaient aux équipes de Blood Bowl de panser leurs blessures et de trouver des joueurs suffisamment maso pour signer un contrat pro.

Un travail en coulisse qui conditionnait la réussite de la saison à venir.

Et pour coulisser, ça coulissait sévère.

Allongé dans son lit d’hôpital dans un fouillis de tubes, de perfusions et de capteurs, Rupen revenait progressivement à lui.

Son coté droit disparaissait sous les bandages mouchetés de sang. Le moindre mouvement lui causait des élancements si douloureux qu’il en tombait parfois dans les pommes.

Après ce qui lui avait paru être des mois d’agonie, il vit enfin se découper sur le plafond blanc le visage de cire du Docteur Doussaint.

« Comment vous sentez vous, Rupen ?

__J’ai mal, doc ! »

Le joueur était si faible qu’il parvenait à peine à se faire entendre.    

« Vous avez subi une lourde intervention. Dislocation postérieure de l’épaule, couplée à une triple fracture de la clavicule et à un arrachement des tendons : il n’y avait pas d’autres solutions. »

Rupen avait grandi dans un gang de Middenheim et ses notions d’anatomie se limitaient à la trachée artère, là où sa saigne beaucoup quand on donne un coup de couteau.

« Vous avez mis un plâtre ? »

Doussaint eut un petit sourire. Comme si quelqu’un lui avait brusquement tiré la peau vers les oreilles. Flippant.

« Mieux que ça, expliqua-t-il en retirant doucement les bandages. On vous a remplacé les pièces défectueuses. Appréciez le résultat ! »

Le médecin lui souleva le bras droit. Rupen avait toujours eu le muscle épais et un grain de peau rugueux, tanné par le soleil, résultat de la vie errante qui avait été la sienne pendant de longues années. Rien à voir avec ce membre fuselé à la peau nacrée. Ebahi, Rupen plia le coude.

« Aïe !

__Voila votre nouveau bras, s’exclama Doussaint ! »

Rupen contempla la main aux doigts effilés.

« Doc, il y a comme un problème. »

Doussaint retira ses lunettes fumées. Pour la première fois, Rupen contempla les yeux étrécis du médecin, deux fentes sur un nez épaté. Le regard d’un tueur psychopathe, songea le trois-quarts.

Il y eut un moment de silence.

« J’ai deux mains gauches, gémit Rupen !

__Ce crétin de chirurgien gobelin s’est trompé de greffon, confirma Doussaint d’une voix blanche. »

 

***

 

Les usines de Nuln employaient une main d’œuvre issue de tout l’Empire et même au-delà.

Les gigantesques machines outils pressaient, laminaient, découpaient les pièces d’acier et emportaient parfois un doigt ou deux dans un fracas de fin du monde.

Hommes, nains, orques, … tous ceux qui acceptaient un salaire de misère pour passer douze heures par jour dans les forges étaient les bienvenus. Ce job présentait de nombreux désavantages : le boulot était abrutissant, on bossait dans des ateliers surchauffés en respirant des effluves toxiques, une faute professionnelle se soldait par un renvoi immédiat dans le meilleur des cas... et au pire, l’ouvrier fautif s’ajoutait au combustible des hauts-fourneaux. Mais il y avait un avantage : les usines laissaient sa chance à tous les volontaires, d’où qu’ils viennent, quelle que soit leur situation.

Même quelqu’un avec deux mains gauches pouvait faire son trou sur les chaînes de montage.

Et d’ailleurs, les ingénieurs savaient tirer partie des particularités physiques de chacun. En l’occurrence, le chef d’atelier avait très vite déduit qu’un type avec deux mains gauches pourrait serrer deux boulons à la fois et abattre le double du boulot de ses collègues.

C’est ainsi que Rupen avait pris son poste sur la chaine de montage des moteurs Troll’s Royce. Il touchait une prime pour la rapidité de son travail, ce qui lui permettait de boire encore plus dans le bar de Census. Il passait de longues soirées avec cet énorme nain retraité du Blood Bowl, à ressasser leurs souvenirs du terrain.

Rupen aurait pu continuer cette vie pendant encore des années, jusqu'à ce qu’un pressoir ou le whisky ait raison de lui.

Mais le Blood Bowl ne vous lâche pas comme ça.

Attablés autour d’un tonneau vide, Rupen fixait les deux journalistes d’un œil vitreux.

« Une émission ?

__ En prime time, pépia la petite rouquine en tailleur. Le public ne cesse de s’interroger sur ses idoles qui ont fait le succès des championnats du début des 90’s : que sont-ils devenus ?

__ Nous avons fait un sondage, compléta le beau gosse qui l’accompagnait. Votre nom apparait dans le top 16 dans la catégorie : « J’ai grave envie de le revoir sur un terrain ».

__ La chaine Kabal+ vous propose donc de participer à un match de gala avec les quinze autres joueurs sélectionnés par nos téléspectateurs. »

Rupen contempla ses deux mains, posées à plat devant lui. Une main épaisse et une main d’elfe. Toutes les deux avec le pouce à droite. Qu’est ce que ça donnerait sur un terrain ? A la limite de sa conscience embrumée, il lui sembla entendre le hurlement des fans, les chants des hooligans et les râles d’agonie des spectateurs pris dans un mouvement de foule.

« Où est-ce qu’on signe ? »

 

***

 

Sur son banc, Coach Whil Oblès se rongeait les ongles.

« Pas une équipe de bras cassés mais presque… » grogna-t-il.

Sa remarque se perdit dans les hululements des supporters qui résonnaient dans la Altdorf Oldbowl Arena. Ce magnifique stade était la fierté des Reikland Reavers, un monument au Blood Bowl, à la bière bon marché et aux centaines de fans qui avaient trouvé la mort depuis la fondation des Reikland. D’ailleurs, plusieurs d’entre eux avaient été coulés dans le béton du stade en guise de tombeau.

Sur la pelouse les Reavers, magnifiques dans leurs armures bleues et acier, finissaient de s’échauffer. Le légendaire Griff Oberwald achevait sa quinzième série de pompes, sous les yeux du cop féminin solidement gardé par une brigade entière de chevaliers impériaux.

Face à eux, les Survivors, l’équipe constituée de bric et de broc par Kabal+, sous la houlette de l’ancien coach Whil Oblès tout juste sorti de prison.

On y trouvait des joueurs sur le retour, vieillissant pour la plupart comme ce nain, Census, large comme une meule de foin et qui peinait à enchainer quelques foulées. Certains quittaient une retraite douillette pour un dernier frisson sur le terrain. D’autres avaient été extirpés des bouges où ils croupissaient. Tous avaient eu un talent indéniable pour le Blood Bowl. Mais c’était dans une autre vie. Que pouvaient-ils espérer d’un match contre la grande équipe des Reikland Reavers et leur palmarès long comme un tentacule ?

Whil observa Rupen qui s’étirait.

« Deux mains gauches… » soupira le coach. Whil avait prévu de le coller sur la ligne de Scrimmage, au charbon. Il aurait pour rôle d’enquiller les coups, si possible d’en rendre quelques-uns, pour laisser les temps à l’attaque des Survivors de se déployer. Miniart, le receveur Halfling en constituerait le fer de lance.

Whil s’essuya le front. Ce match ne serait pas une partie de plaisir.

 

***

 

Rupen, au centre du terrain, contemplait avec bonheur les gradins garnis en attendant le coup d’envoi. Une ombre tomba subitement sur lui. Morg’n Thorg, récemment transféré des Chaos All Star aux Reavers, prit position face au trois-quarts.

« Je crois qu’on se connait, petit gars, grogna l’ogre avec un sourire mauvais.

__Et comment, gros tas ! »

 

***

 

« Et c’est parti pour ce match bien particulier : Reikland contre Survivors ! »

__Tout à fait Jim, quel plaisir que de revoir ces visages sur un terrain !

__Espérons qu’ils auront la chance d’y rester jusqu’à la fin du match, car les Reavers ne feront aucun quartier ! Rappelez vous les paroles de Griff Oberwald au journal d’hier : « Que sont-ils devenus ? Moi je vais vous dire ce qu’ils vont devenir : on va en faire des confettis ! »

__Les Reavers appliquent ces déclarations à la lettre. Morg’n Thorg et Zug la bête ont littéralement broyé la première ligne adverse sur le coup d’envoi.

__C’est déjà la panique ! La défense des Survivors est enfoncée ! Ils prennent l’eau de toute part !

__Il n’en faut pas plus à Griff et ses acolytes pour s’engouffrer dans la brèche.

__Bob, je crois que ça vient ! Superbe passe de Dave Laskrel ! Et c’est un TOUCHDOWN !

__Vue la rapidité avec laquelle il a été marqué, ce ne sera certainement pas le dernier de la soirée ! Voila qui promet du spectacle ! »

 

***

 

 « Marquez-moi ce Touchdown, rugit Coach Whil à ces joueurs assis en cercle autour de lui ! Kabal+ a promis de considérer une prolongation de l’équipe si on en marque un aux légendaires Reavers ! Bougez-vous les fesses et peu importe combien de dents vous y laissez.

__Une minutes avant la fin de la mi-temps, clama l’arbitre.

__Rupen, tu passes en soutien de Trudin à l’arrière. Il faut qu’il ait le temps d’assurer sa passe. Tu choppes tous ceux qui lui cherchent des noises. Miniart, tu attaques coté tribune sud avec les blitzeurs collés aux fesses. Tu ne devrais pas rencontrer trop de résistance. »

Whil eut un sourire mystérieux tout en dents en or.

 

***

 

« Reprise du match à la Oldbowl Arena.

__Déjà 3 à 0 pour les Reavers dans ce match de gala. Mais les Survivors ne s’avouent pas vaincu.

__Regardez le petit Miniart qui passe entre les pattes de Zug ! Quelle apathie de la défense !

__On me dit qu’on a vu des fléchettes anesthésiantes fuser de la tribune sud. Voila qui est bien joué. Les Survivors devraient avoir enfin l’occasion d’exprimer leur jeu d’attaque.

__Seulement s’ils parviennent à conserver le ballon ! Voila Morg qui déboule comme un autobus sur Trudin !

__Charge à Rupen de l’intercepter avant qu’il ne pulvérise le lanceur des Survivors. » 

 

***

 

Rupen se retrouvait cinq ans en arrière. Avec Morg’n Thorg chargeant de toute sa masse.

Mais cette fois, c’était l’ogre qui portait les couleurs des Reavers.

« Se jeter dans ses chevilles… »

Le trois-quarts esquissa un mouvement.

Comme un rappel, une douleur fulgurante irradia son épaule droite.

Le joueur resta tétanisé, alors que Morg le dépassait pour emplafonner le malheureux Trudin. Il y eut un bruit de vertèbres brisées quand l’ogre écrasa le joueur dans la pelouse.

 

***

 

« …Après ce choc, je pense que Trudin a définitivement quitté l’équipe des Survivors.

__Tout à fait Jim. Et sans lanceur, la fin de partie va être compliquée.

__D’autant plus que Morg se trouve en position idéale pour aller inscrire son Touchdown !

__Mais attendez, voici Rupen qui semble vouloir se faire pardonner de son inattention ! »

 

***

 

Morg s’accroupit pour ramasser le ballon que Trudin gardait encore serré contre ses côtes disloquées.

Il leva ses yeux porcins sur la ligne d’en-but si proche lorsqu’on le saisit au collet.

Déséquilibré malgré ses deux-cents kilos, il tomba en arrière.

« Tu pensais que je n’aurais pas ma revanche, lui cracha Rupen ?

__Viens-y donc, microbe, fit l’ogre en voulant se saisir de l’humain qui le dominait à présent ! »

Le trois-quarts ne lui en laissa pas le temps. Il écrasa son talon en fer sur le museau du monstre.

Un flot de sang jaillit vers le ciel.

Aveuglé, l’ogre au nez brisé recula en rampant pour tenter de se protéger des assauts furieux.

La foule en délire applaudit à tout rompre.

Entre deux bouffées d’adrénaline, Rupen distingua les appels de Coach Whil :

« Un Touchdown ! Il nous faut un Touchdown ! »

Le ballon maculé par le sang de l’ogre roula à ses pieds.

Maladroitement, il le ramassa de ses deux mains gauches.

 

***

 

« Rupen se saisit du ballon et prend quelques pas d’élan !

__Voyez cette étonnante prise ! Avec sa main inversée, il va tenter un lancer en s’aidant de ses deux bras !

__Quelle bombe ! Une vrille parfaite qui fend le ciel de l’Oldbowl Arena ! Elle va traverser tout le terrain ! Directement sur Miniart, le Halfling !

__Mon dieu, mais comment va-t-il pouvoir se saisir d’une ogive pareil ? »

 

***

 

Miniart attendait depuis plusieurs minutes dans la zone d’en but des Reavers que le ballon arrive jusqu’à lui.

Les acclamations de la foule lui firent lever le nez.

Il se passait quelque chose.

Il eut à peine le temps de distinguer un éclair qui fondait sur lui.

« Le ballon ! »

Pris de court, le Halfling leva les mains.

Trop tard.

La balle cerclée de fer lui percuta le visage de plein fouet.

Des esquilles d’os volèrent, alors que la pointe d’acier pénétraient dans le crane du semi-homme.

Le petit receveur agonisant fit un pas. Puis un autre.

Avant de s’écrouler dans l’en but, le ballon toujours fiché dans la tempe.

L’arbitre accourut.

Hésita.

Puis porta le sifflet à ses lèvres.

 

***

 

« Incroyable, Jim ! Le Touchdown est accordé !

__Et oui Bob. La règle dit que pour marquer, il faut porter le ballon dans l’en but. Rien ne précise qu’il faut que ce soit avec les mains. Ou qu’il faut être vivant pour ça.

__Et voila les supporters des Reavers qui envahissent le terrain ! Quelle fin de match !

 

***

 

Porté en triomphe, Rupen était à demi-lucide. Sous lui, il distinguait des visages qui l’acclamaient, l’insultaient ou lui proposaient des contrats publicitaires…

Il leva les bras en signe de triomphe. La silhouette de ses deux mains gauches se découpa dans la lumière des projecteurs.

Il savait ce qu’il faisait ici. Il serait maintenant et pour toujours une légende du Blood Bowl.

 

 

 

Par Guillaume Woerner - Publié dans : Warhammer
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Mardi 4 octobre 2011 2 04 /10 /Oct /2011 21:25

 

- Chronique -

Mascarades

 

Roman de Philippe WARD - Editions AÏTAMATXI Editions

 

 

 

 

Merci à Skritt (http://skritt.over-blog.fr/) et aux éditions Aïtamatxi pour l’opportunité du livre contre chronique !

 

ward-mascarade-copie-1 Derrière cette couverture de série B se cache un thriller fantastique mené à tambour battant par Philippe WARD dans le milieu indépendantiste Basque.


Culture basque. Ces deux mots résument la grande originalité de ce roman, qui sort de tous les sentiers battus en situant l’action dans une véritable société parallèle : ETA bien sur, mais aussi députés basques de l’assemblée espagnole des Cortès, partisans du dialogue ou au contraire adeptes d’une ligne dure.

 

Au-delà de ces figures politiques, Philippe WARD imprègne chaque scène d’éléments typiquement basques pour aboutir à une fresque parfaitement maîtrisée : figures du carnaval basque, la malika (canne basque), mais aussi rappels d’éléments historiques comme la bataille de Roncevaux, Guernica ou l’épisode du gouvernement autonome basque de 1936.

 

 


Et l’intrigue dans tout ça ? Mikel, libraire de Bayonne rêvant d’une Euskadi indépendante, se lance sur les traces d’un meurtrier dont les cibles sont des figures des mouvements indépendantistes basques. Organisation dissidente ? Services secrets espagnols ? Dès les premières pages, le lecteur est entraîné dans le sillage de personnages dont les convictions les mettent en marge de la loi. De la France à l’Espagne, en passant par Saint Domingue, le suspens ne se relâche jamais, alors que le mystérieux Ehiztarbeltz, le « chasseur noir » des légendes basques, multiplie les coups de main défiant la logique.


Verdict : lisez ce livre ! Voila l’exemple typique du roman intelligent, qui documente tout autant qu’il distrait. Une vraie réussite.

Par Guillaume Woerner - Publié dans : Chroniques
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Jeudi 29 septembre 2011 4 29 /09 /Sep /2011 23:23

 

 

 

Sanctum Atorgael Vol. 1 lu par Madoka

 

 

 

 

Puisque le temps est aux chroniques, je publie un lien vers une chronique de Madoka du premier recueil de nouvelles publié par le Sanctum Atorgael.

 

Merci à elle !

 

http://fdata.over-blog.net/4/06/61/84/avatar-blog-1187341280-tmpphpHIAXkA.jpg

  Cliquez sur l'image pour accéder au blog de Madoka et à sa chronique :)

 

Je ne saurai d'ailleurs que trop vous conseiller son blog, qui fourmille de chroniques en tout genre, livres, BDs, roman jeunesse, ...

Plusieurs centaines d'articles au total !

 

A quand une fiche de lecture du deuxième et troisième opus du Sanctum Atorgael pour compléter la collection ? ; )

 

P1020551

 

Je vous rappelle à cette occasion que les trois recueils de nouvelles publiés par le Sanctum Atorgael sont toujours disponible sur ThebookEdition.

 

 

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Par Guillaume Woerner - Publié dans : Chroniques
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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 20:50

Statistiques Révolutions à Conflux

Après 3 semaines de vacances

 

 

 

Et voila, fin des vacances.

Le soleil de Bourgognes, les Curry Wurst de Berlin, d'excellentes nouvelles du Romegoustan...

Mais il est temps de ramasser les copies !

Et qu'est ce que ça donne ?

Sans trucage, voici les statistiques de Révolutions à Conflux au 28 aout 2011.

 

Stat Revo 20110828


Verdict  : + 19 843 caractères (espaces non compris).

 

Pas si mal donc, pour un récit qui avait tendance à rester au point mort ces derniers mois.

Près de 20 000 caractères acidulés, pétillants et qui collent au dent (voila que les bonbons engloutis par les filles durant leurs vacances m'inspirent ! ).

 

Aller, on s'y remet !

 

 

 

 

Par Guillaume Woerner - Publié dans : Conflux
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Samedi 6 août 2011 6 06 /08 /Août /2011 14:34

Statistiques Révolutions à Conflux

 

 

 

En cette veille de départ en vacances, voici quelques statistiques sur le second roman dans l'univers de Conflux : Révolutions à Conflux (titre toujours provisoire d'ailleurs).

 

Stat Revo 20110805

 

L'histoire a sensiblement évolué pour intégrer plus de diversité dans les personnages et des lieux de l'action (ajout de l'agent Plomb, visite d'une Archologie à la mode Conflux - Ca vaut le détour ; ) - ...).

 

Bref, le projet suit son bout de chemin. Les vacances étant généralement propices à l'inspiration, j'espère pouvoir revenir avec quelques éléments croustillants à la rentrée.

 

Bonnes vacances !

Par Guillaume Woerner - Publié dans : Conflux
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Mercredi 27 juillet 2011 3 27 /07 /Juil /2011 22:48

 

- Chronique -

L'indélicatesse du Cosmos

 

Roman de Eric Lequien Esposti - Editions Rivière Blanche 


 

  indelicatesse01

 

 

Sur une terre où tout tourne rond, les hommes n’ont plus qu’une ambition : gripper cette mécanique parfaite qui procure bonheur et félicité.

Et pour ramener l’angoisse de l’avenir, rien de tel qu’une bonne guerre ! Mais où trouver un adversaire sur une terre pacifiée ? Le gouvernement unique lance donc une mission aussi inédite qu’incertaine : dégoter parmi les étoiles une race extra-terrestre, la provoquer et l’amener à attaquer Terre-Zéro. Mais rien ne se passe comme prévu, et la plate forme B-Zéro de la DIIE disparaît des écrans peu après le départ.

 

 

 

 

 

 

 

 

L'éditeur Rivière Blanche propose le deal Livre contre Critique. Une excellent initiative qui permet de découvrir des romans récents et de nouveaux auteurs !


Justement, Indélicatesse du Cosmos : premier roman de Eric Lequien Esposti qui n’y va pas par quatre chemins. Dans un monde où tout tourne rond, on passe de surprises en surprises sur cette Terre-Zéro où l’action Antisociale constitue la raison de vivre de tous.

Ici, le second degré est roi, et il en faut pour faire passer une scène que SAW ne renierait pas (tronçonnage d’un corps dans les grandes largeurs).

 

Après cette mise en bouche où l’on doute parfois des intentions de l’auteur, direction l’espace, avec le lancement de la plate-forme B-Zéro, sur laquelle embarquent Logan’, Pénélope et leurs deux enfants. Prenez Ulysse 31 (le nom de Pénélope n’est d’ailleurs sans doute pas anodin), bourrez le d’acides, et vous aurez une idée de ce périple dans cet univers orangé, peuplé de cerveaux, de poireaux carnivores et des défenseurs des mondes A/ix à Racine de Non-A/zed.

On sent que l’auteur s’est amusé à écrire ce récit bourré de petits traits d’humour (acronymes en tout genre, patronymes improbables…) et aux scènes parfois surréalistes de dérision. Si on sourit souvent, l’auteur a sans doute parfois été emporté par son élan d’enthousiasme, en intégrant au récit des passages plus sérieux, qui tranchent avec cet humour omniprésent : le plus frappant, ce sont ces réflexions philosophiques du journal de bord ou ces quelques poèmes déclamés, qui selon moi tombent à plat.


Un premier essai bouillonnant de créativité, qui ne demande qu’à se canaliser dans un second roman !

Par Guillaume Woerner - Publié dans : Chroniques
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Dimanche 24 juillet 2011 7 24 /07 /Juil /2011 21:54

 

 

pub rackham Confrontation

Les guerriers Ströhm

 

Peinture par Guillaume "Metatron" Woerner

 

 

 

 

L'élite des gobelins de No-Dan-Kar est regroupée dans les divisions Ströhms. Ces guerriers lourdement équipés constituent les troupes de choc de l'empereur Isotop.

J'ai peint ces figurines en suivant la technique Metal - Non Métallique (NMM), respectant ainsi un schéma de couleur classique des figurines de la gamme confrontation.

Les armures bleutés ont été obtenues avec une base de Bleu Horizon Prince August.

Quant à la peau des gobelins, c'est un savant mélange de vert Olive Foncé Prince August, éclairci avec une couleur détonante, le Jaune Vert Prince August, dont le pot est quasiement Jaune fluo.

Au point que le jour où j'en ai fait l'acquisition, le vendeur m'a demandé si j'étais sur de vouloir cette peinture là.

"Oui Oui, monsieur. C'est pour des gobs !"


 

 

http://i606.photobucket.com/albums/tt141/metatron_bleu/P1020246.jpg

"Contaaaact !" - Guerriers Ströhm

 

 

http://i606.photobucket.com/albums/tt141/metatron_bleu/P1020248.jpg

"Qui s'y frotte s'y pique" - Guerriers Ströhm avec Hallebarde

 

 

 

 

http://i606.photobucket.com/albums/tt141/metatron_bleu/P1020249.jpg

"Je suis ton dernier adversaire" - Becbunzen, champion gobelin

Par Guillaume Woerner - Publié dans : Confrontation
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