Le Bourgeon

Publié le par Guillaume Woerner



Le Bourgeon



Medard n'en revenait pas.

Pourtant, les tests graphologiques ne laissaient aucun doute possible : c'était bien un texte de Metatron. Ce bout de parchemin moisi trainait dans les archives du prinicipal journal culinaire de Conflux.
Le manuscrit était couvert de taches de kebab tandis que des frites collaient dans la marge.

Le premier rayonneur souhaiterait-il conserver l'aspect authentique du document lors de la publication de l'anthologie ?

Medard se nota mentalement de préciser à l'éditeur de tremper les pages concernées dans l'huile d'olive.







                  A

  moins de cinq minutes à pied du Dominopole, le centre politique de Conflux, Le Bourgeon se terrait entre deux bâtiments massifs abritant respectivement la Bourse et l’Académie zoologique, para-zoologique, méta-zoologique et autres logismes divers.

Conflux, rappelez-vous ! La ville des infinies possibilités, la ville aux milles races, la ville la plus dangereuse de l'univers connu et inconnu pour le voyageur inexpérimenté. On y trouve en effet l’un des points nodaux de l’univers ce qui permet à la multitude des dimensions de coexister dans l’enceinte de la cité. Et notamment d’avoir des établissements aussi curieux que celui dont il est question ici.

Le Bourgeon était un restaurant discret aussi bien dans sa devanture à l’aspect rustique avec des colombages, que dans ses clients. Pourtant, la foule des cadres, traders, chercheurs et touristes qui passaient dans les environs à l’heure du déjeuner aurait suffit pour lui assurer des revenus (g)astronomiques, même sans pratiquer les tarifs honteux qui mettaient les jambons beurres au prix d’une bonne paire de chaussure. Mais pas un seul regard ne daignait se poser sur la façade poussiéreuse.

Des agences immobilières avaient bien sur fait un grand nombre de demandes pour racheter la masure et en faire un MacDim, un nouveau chaînon des restaurants universels. Mais le fait que l’établissement ne possédât ni téléphone, ni ordinateur ni dons spéciaux pour la télépathie n’arrangeait rien. 4Tout ce qu’on avait pu tirer du vieux propriétaire que certains acharnés avaient réussi malgré tout à rencontrer était un hochement de tête négatif. Il se disait aussi que le vieil homme avait présenté aux acheteurs un dossier bien ficelé dans lequel se trouvaient des extraits du code civil de Conflux décrivant toutes les raisons pour lesquelles il était impossible de l’exproprier1

L’aspect fragile du vieillard incitait cependant les promoteurs aux plus folles démarches. Une entreprise de BTP avait même proposé plusieurs millions de dollars dimensionnels2 pour le bout de terrain !

            Plus d’un chef s’était arraché la cravate en voyant son projet révolutionnaire tomber à l’eau du fait de l’impossibilité de récupérer cette parcelle d’à peine cinquante mètres carrés.

            Mais la SINECA n’était pas une société comme les autres… C’était le plus grand cabinet d’architecte et de paysagiste de la ville et elle possédait des succursales dans plusieurs dimensions répertoriées à Conflux. Son slogan, « SINECA, c’est mieux qu’une sinécure », était passé dans les mœurs depuis bien des éons et on ne pouvait imaginer une ville digne de ce nom sans son building SINECA, délicieusement dessiné par les plus grands architectes terrestres et aliens.

            Et quand l’administration de la cité avait émis le projet de rénovation de la place de l’étoile à huit branches, c’était tout naturellement aux bâtisseurs de la SINECA qu’on avait fait appel.

            Les dessins et les plans avaient été réalisés en un temps record, car décevoir le haut gouverneur de Conflux revenait à sauter de la tour Celestica sans parachute, avec une bombe à retardement dans les mains en buvant cul-sec une bouteille d’arsenic.  

            Le seul problème qui se présentait pour réaliser le projet était à présent le suivant : raser Le Bourgeon, et donc faire vider les lieux à son propriétaire en moins de trois semaines, date de début des travaux.

            A ma grande surprise, on me remit le dossier avec pour objectif de mener la mission d’expropriation à bien.


*


            Je m’appelle Peter Gregan, je suis employé à la SINECA-Conflux où j’occupe le poste de haut commis. Autant dire homme à tout faire, mais en gradé.

            Je n’ai pas encore quarante ans et je suis bien sous tout rapport. Sauf peut-être au niveau du rapport poids/taille, un peu trop élevé à mon goût. Il y a aussi le rapport cheveux/crâne qui est un peu décevant mais j’ai une moustache qui compense…

            Enfin bref, on me remit le dossier « Raser Le Bourgeon » le jeudi 19 avril.

            Je fis alors un rapide aperçu des méthodes qui s’offraient à moi.

Je vérifiais dans mes livres de droit cette histoire de clause touristique ainsi que les différents éléments qui pourraient bloquer une éventuelle expulsion : il n’y avait effectivement aucun moyen de passer outre sans un long et douloureux procès, avec amendement des lois de la ville à la clef. Autant dire que les trois semaines qu’on m’avait accordées ne suffisaient pas.

            Le viager était légal mais à moins d’un « miracle », je ne pouvais pas espérer le décès du propriétaire avant trois semaines.

            Enfin, il était de notoriété publique que l’auberge et son possesseur étaient virtuellement indestructibles : ils avaient échappé miraculeusement à quatre snipers, cinq bombes à retardement, un tremblement de terre et un diplodocus mutant. A chaque fois, on les avait retrouvés le lendemain en parfait état, avec à peine quelques traces de brûlé. Je précise que je suis quelqu’un de foncièrement bon et que ce genre d’idées ne m’avait pas effleuré une seconde3.

            Après avoir pris connaissance de ces différents éléments, il ne restait plus qu’à tenter de convaincre le propriétaire de céder son restaurant, et pour pas cher en plus.

            Néanmoins, je me doutais bien que je n’étais pas le premier à vouloir lui faire un pont d’or pour Le Bourgeon. C’est pourquoi je décidai de tenter une approche plus douce du problème, par exemple en me présentant comme client du restaurant.

            C’est ainsi que j’attendis le lendemain soir avec impatience. Mon but n’était pas tant de proposer un achat immédiat que de me renseigner sur les habitants du Bourgeon et notamment sur le mystérieux patron.

            A vingt heures précises, je me rendais donc sur place, habillé d’un simple costume aux couleurs ternes pour ne pas dépareiller avec un éventuel autochtone.

            Bien m’en pris : je pénétrai dans une petite salle que l’adjectif miteux pourrait décrire assez justement si on considère que les mites peuvent êtres aussi grosses qu’un moineau et ressembler à des scarabées.

            Le plafond bas était enfumé par une série de lampes à pétroles éclairant une poignée d’individus à côté desquels je passais avec mon humble deux pièces pour un souverain en balade. Ils étaient tellement voûtés, le nez dans un bol de soupe, qu’il était impossible de distinguer quoique ce soit de leur visage et donc difficile de les affilier à une quelconque race.

            Quelque peu surpris par ce premier contact, je m’assis à l’écart, à une piteuse table de bois. D’un coup de mouchoir rapide, je la débarrassai de la terre qui s’était amoncelée dessus. Pas étonnant d’ailleurs : le sol du restaurant n’était constitué que d’un terreau noir, parsemé d’écorces sèches. 

            Il n’y avait aucun couvert ni de menus sur les planches disjointes : en l’absence de comptoir où me renseigner, je me mis donc en devoir d’attendre l’arrivée d’un  serveur.

            Je remarquai un touriste égaré dans un autre angle du restaurant. Il semblait se demander quelle impulsion curieuse l’avait fait entrer dans un tel établissement. Je lui fis un salut de la tête ce qui sembla le décider à partir. Il quitta la salle presque en courant.

En le suivant des yeux, je remarquai un cadre pendu au mur. Ne voyant personne approcher, je me levais pour observer de plus près.

Il ne s’agissait que d’une vieille photo jaunie, datant sans doute de plusieurs dizaines d’années. Y figurait un jeune homme au large sourire, qui posait devant Le Bourgeon en tenant à la main un modèle réduit du restaurant.

Je chaussai mes lunettes pour découvrir que la maquette était l’exacte réplique du bâtiment. Le modéliste qui l’avait constitué avait du être doué, en plus d’être un véritable fan de Le Bourgeon. Peut être cela datait-il d’un temps où les affaires se portaient mieux pour le restaurant, car sur la photo, le bâtiment était pimpant, avec une façade d’un blanc aveuglant.

D’un coup d’œil distrait, je lus la dédicace : « Professeur Arvey Van Oogle, Biologiste ». Qui était ce ? Un simple aficionado ? Un proche du propriétaire ?

Ruminant ces questions, je retournais m’asseoir à ma table.


*


            Pendant une éternité, je restais donc là, sans bouger, à dévisager du coin de l’œil les clients qui se baffraient sans précipitation de leur improbable pitance. Je remarquais par la même occasion que leurs gamelles avaient une contenance tout à fait surprenante : au bout d’une demi-heure, il semblait que les écuelles étaient toujours pleines de soupe.

            Je commençai à montrer des signes d’impatiences évidents. Ils auraient même paru grossiers à un orque des montagnes tant mes soupirs étaient profonds et mes « Ben ils se pressent pas » plein d’exaspération contenue.

            Finalement, un vieil homme échevelé émergea d’une pièce attenante et se dirigea vers moi en traînant les pieds. Enfin quand je dis traîner, ce serait plutôt racler ses sabots le plus consciencieusement possible pour éprouver leur résistance. C’est bien simple, on aurait dit qu’il faisait du ski de fond.

            Il arriva à mon niveau.

            Avec surprise, je reconnus l’homme de la photo, le professeur Van Oogle. Il avait beaucoup vieilli et le regard pétillant du jeune biologiste donnait à présent dans le vitreux décérébré.

            Avec une voix chaleureuse, je l’accueillais néanmoins par un « Bonsoir professeur ! » vibrant d’émotion. J’attendais une réaction quelconque, mais il resta muet.

            Bon.

            J’enchaînais par quelques phrases plus ou moins banales, mais là encore, le vieux bonhomme restait là à me regarder, comme un robot déconnecté. J’attendais une question quelconque, une invitation à commander, un signe de bienvenu… Rien.

            Gêné, j’abandonnai et bafouillai un « Comme eux ! » en désignant les pauvres erres toujours en train de laper.

            Le professeur repartit de son pas de fondeur vers ce que je supposai être la cuisine.

            Je me frottai les yeux de mes poings, persuadé d’avoir quitter Conflux pour un lieu encore plus curieux4.

            Quand je les rouvrais, le professeur se tenait à nouveau devant moi, un bol de bois à la main. Comprenant que si je ne lui prenais pas la nourriture, il serait capable de faire le pied de grue jusqu’au jubilé du millénaire suivant, je le soulageai de l’écuelle  pour enfin pouvoir manger quelque chose.

            Je me retrouvais donc devant un potage d’une couleur brune maussade. J’avoue qu’en temps normal, j’aurais mis un bon moment avant de me risquer à engloutir la mixture, mais l’attente m’avait réellement mis en appétit. Sans même daigner sortir un kit universel anti poison, j’absorbai goulûment une gorgée du breuvage.

   

*


            Il était près de minuit lorsque j’atteignis enfin mon logis, un petit appartement au premier étage d’un immeuble rutilant perdu au milieu d’une jungle de bâtiments en terre cuite.

            Mon ventre était gonflé, prêt à se rompre.

            Jamais je n’avais fait un repas aussi délicieux : la soupe semblait directement prélevée d’un livre de cuisine. Un livre plaqué or avec un marque page en ivoire et des pages en soie, avec noté sur la couverture : Cuisine du paradis, la soupe selon Saint Pierre.

            Le potage était un véritable nectar, enivrant les sens, comblant tous les manques, toutes les attentes.     

            Je me jetai sur mon lit et, comme une baudruche pleine d’eau, je rebondis quelques instants dans un glouglou à peine réprimé.

            J’étais aussi proche du nirvana qu’un bonze dans un vol stratosphérique.

Il me fallut une bonne journée pour récupérer de ce repas divin. Mais dès le surlendemain, je retournai au Bourgeon, et tous les soirs qui suivirent.

A chaque fois, j’étais seul, mis à part les scarabées, le professeur et les quatre bonshommes que j’avais rencontrés le premier jour et qui dévoraient leur bol de soupe.

Pendant près de deux semaines, je ne vécus que pour ce repas du soir, ne parlant à personne, et surtout pas au vieillard qui semblait totalement sourd ou sénile.

Mais à la fin du dix-septième jour, il fallut bien retrouver la réalité : SINECA devait détruire ce paradis terrestre camouflé sous sa couche de terreau humide et ses cancrelats. C’est la mort dans l’âme que je me résignais à accomplir ma douloureuse tâche.

Ainsi, le soir du dix-huitième jour, je résistai avec toute la volonté que j’avais pu trouver dans mon cœur, mon ventre et un vieux cigare sec pour laisser un instant mon bol sur la table et suivre le vieux professeur Van Oogle vers ce que je pensais être la cuisine.

Mais à peine avais-je approché de la mystérieuse porte que les quatre drôles se levèrent pour la première fois de leur table et, du même pas traînant que le vieillard, s’approchèrent de moi, avec un air de zombie tombé du lit.

Sans jamais décoller leurs pieds du sol, ils m’encerclèrent rapidement, et sans un mot, me saisirent par le collet. Malgré mes supplications et mes injures, ils me jetèrent dehors avec une force surprenante. Je m’affalai et déchirai mon costume sur les pavés blancs de la Place de l’étoile à huit branches


*


On a souvent pu constater que l’homme déçu trouve un réconfort salvateur dans la bière naine, le vin elfique, ou n’importe quel alcool, tant qu’il passe un baume apaisant sur les neurones froissés. D’ailleurs, le résultat est en général la disparition pure et simple du neurone en question.

Néanmoins, il existe une catégorie assez rare d’êtres humains qui, en cas de déception, tentent de mobiliser leur esprit sur de nouveaux sujets de réflexions.

C’est ainsi que je me trouvais justement dans la partie ouverte au public de L’académie zoologique etc.…  

En fait, un sandwich à la main, je tentais vainement d’oublier l’affaire du Bourgeon. Il ne me restait plus que deux jours pour récupérer la parcelle du restaurant pour la SINECA. Et la SINECA n’avait pas pour habitude de laisser passer les échecs. Si Le Bourgeon n’était pas cédé avant la date fatidique, il était probable que le restant de mes jours se passe à trier des bâtons sur un chantier de La Fange5.

Je devais trouver une solution rapide.

J’avais trop négligé mon travail au cours des deux dernières semaines pour espérer achever des négociations avec un patron aussi inaccessible que mystérieux.

Pour tenter de retrouver un peu de sérénité dans mon esprit torturé, j’étais en contemplation devant la section Plantes fantastiques de l’académie. Des cultures aussi biscornues qu’odorantes étalaient devant mon regard vide des pétales multicolores. Les couleurs étaient si éclatantes qu’on avait installé un distributeur gratuit d’aspirine pour soulager les maux de têtes qu’elles occasionnaient.

Je sentais d’ailleurs poindre une migraine digne du plus mauvais des vins et je me détournais donc pour entrer dans une petite salle à l’écart, où quelques pâles vitrines présentaient des maquettes de plantes à bulbes.

Je m’asseyais en ruminant sur une banquette.

Il me restait, pour honorer mon contrat, la solution de l’attentat…

Je l’écartais aussitôt, de peur d’être tenté.

Pour m’écarter des voix obscures qui peuvent s’ouvrir à un homme abattu, je me plongeais dans la lecture d’un panneau décrivant la plante architecte Architectus Domus.

« L’Architectus Domus est unique dans sa catégorie : elle est capable de reproduire n’importe quelle autre plante grâce à une série de capteurs olfactifs, visuels et sensitifs placés en surface autour du bulbe. Ainsi, on a déjà vu un massif de narcisses composé d’un seul narcisse et d’une trentaine d’Architectus Domus ayant pris le narcisse initial comme modèle.

Il existe même certaines Architectus Domus qui prennent des modèles plus évolués : le professeur Arvey van Oogle, de l’académie des sciences de la Nouvelle Amsterdam, a réussi à réaliser une fourmilière à partir d’un unique bulbe d’Architectus. Les fourmis étaient en fait le bout de tiges souterraines de l’Architectus. D’après plusieurs observateurs, les insectes « factices » étaient indiscernables de véritables fourmis. L’expérience ne dura néanmoins que quelques jours, les tiges des « fourmis » s’emmêlant en un inextricable sac de nœud qui étouffa la plante.

Le spécimen de l’académie… »

Je ne prenais pas le temps de lire la suite : comme un dément, je me ruai à l’extérieur du musée vers Le Bourgeon.


*


C’est la bave aux lèvres que je pénétrais dans le restaurant et tombais à genoux devant les quatre gaillards, une fois de plus occupés à dévorer des bols de soupe.

Je me mis à creuser sous leurs pieds dans la terre meuble de la salle à manger.

Ce que je découvris me laissa stupéfait. Chacun des individus était relié à un long appendice jaunâtre qui s’enfonçait dans le sol. Quand ils me soulevèrent pour me jeter sans ménagement dehors, je pus visualiser distinctement les reptations des tiges qui dirigeaient les simples marionnettes qui me portaient et me lançaient une nouvelle fois sur les pavés de la Place de l’étoile à huit branches

Alors que je planais vers ma douloureuse destination, en l’occurrence un plot en granit sur le bord du trottoir, je déterminais un plan d’action.

Sans même le temps de dire « Aïe », je courais vers la Fange.

Dans un nuage de poussière, je m’arrêtai quelques minutes plus tard devant une devanture enluminée de lettres brillantes où l’on pouvait lire : « Poudres, parchemins et potions ».

Je dépensai tout ce que j’avais pour un carton de bouteilles pleines d’un sombre liquide. Je laissai un généreux pourboire au vendeur et repartis comme j’étais venu vers Le Bourgeon.


*


L’alchimiste regarda partir le petit homme rond à moustache. Il le suivit des yeux pour le voir courir jusqu’au bout de la rue alors que quelques pièces de tissu de son costume déchiré flottaient encore dans l’air frais du soir.

Le commerçant se gratta la tête sous son chapeau pointu en s’exclamant : « Et ben, si on m’avait dit que je vendrais tout mon stock de potion de communication avec les plantes aujourd’hui… »


*


Les dernières pelleteuses frappées du logo SINECA avaient été retirées de la Place de l’étoile à huit branches quelques jours plus tôt. Les nouveaux pavés d’un blanc étincelant mettaient en valeur les statues de marbre rose représentant les principaux personnages de l’histoire de Conflux. On y trouvait pêle-mêle quatre gouverneurs, cinq califes, un roi, un arbre6 et naturellement, le grand sage parmi les sages, Metatron.

La foule des badauds ne cessait de s’émerveiller devant l’harmonie des couleurs, les fontaines et les jeux de perspectives avec la colline rocheuse du Dominopole qui surplombait l’ensemble…

« T’as remarqué, ils ont même rénové le vieux restaurant pourri qui donnait sur la place. C’est la classe maintenant, on dirait un vieux manoir »

Michael  D. Orwald était un jeune trader aux dents longues. Assis à la terrasse d’un café, il discutait avec son collègue (et néanmoins rival) Gumi Stenford, un aristocrate décadent qui allait jusqu’à jouer en bourse7.

« Ma foi, on ne peut pas nier qu’il ait changé du tout au tout, répondit le dandy. J’ai entendu dire qu’il y avait un nouveau propriétaire… 

__ Ouai, un petit gros chauve. Mais il paraît que le service est moyen : les serveurs arrêtent pas de traîner les pieds. Par contre, on dit que la soupe qu’ils servent est absolument divine. J’ai un ami qui y est allé plusieurs fois et il a failli faire une dépression quand le restaurant a fermé un week-end.

__De la soupe, c’est si banal…s’esclaffa Gumi Stenford en plissant le nez.

__Et tu sais ce qui est bizarre dans tout ça, continua Michael D. Orwald ? C’est que si tu veux y manger, tu dois payer moitié en espèce, moitié en terreau ou en engrais naturel »

Cette nouvelle laissa l’aristocrate sans voix. Il répéta finalement :

« En terreau ou en engrais naturel ? 

__Oui, et la clientèle étant de plus en plus nombreuse, le cours de l’humus est en train de monter… »

Les deux hommes échangèrent un clin d’œil complice.

« Ce serait le moment d’investir » murmura Stenford avec un sourire en coin.







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