La Charge des Maîtres

Publié le par Guillaume Woerner


La charge des maîtres


Par Guillaume "Metatron" Woerner

Dessin de Corentin Perron (10 ans !)






Satisfait, Medard inséra les feuillets dans le dossier recueillant les oeuvres de Metatron le voyageur.

Le texte en question était extrait d'un carnet de voyage, alors que Metatron parcourait la terre du milieu à pied.

Le sage avait planté sa tente dans une plaine à quelques lieues d'une ville appelée Minas Tirith, ce qui lui avait permis d'assister à une terrible bataille.

Selon certaines archives controversées, cette bataille aurait été l'apothéose de la Guerre de l'anneau.

Cependant, la plupart des historiens rejetaient cette dénomination : entraîner tout un monde dans la guerre à cause d'un anneau relevait de l'ineptie pur et simple.

Medard rangea son dossier, en songeant à la dernière guerre de l'anneau à laquelle il avait assisté : le divorce épique du premier rayonneur.









Qui étais-je pour m'opposer à sa volonté ?

Comme pour me rappeler que je n'étais qu'un instrument entre ses mains, l'aiguillon me perça le flanc pour m'obliger à avancer.

J'aurai pu ruer, jeter à terre ces insignifiantes créatures... Mais comment s'affranchir de la domination mentale qu'ils avaient pris soin d'établir depuis toutes ces années ?

Je n'étais qu'une bête, il était l'esprit.

Bien sur, j'y trouvais mon compte : des repas copieux et des soins quotidiens, tout ça pour quelques heures de combats de temps en temps.

Ma stature titanesque terrifiait chacun de mes adversaires qui fuyaient sans même échanger quelques coups.

De temps à autres, quelques combattants téméraires se jetaient au devant de moi, espérant un improbable exploit. Ils finissaient invariablement piétinées par ma charge dévastatrice.

Aujourd'hui, ce n'était qu'un nouveau combat. Un de plus dans la longue série de ma carrière de guerrier.

Cependant, ce n'était pas une simple escarmouche, ou l'une de ces guerres qui opposent des chefs de clan pour quelques acres de désert. Mes maîtres m'avaient conduit jusqu'ici accompagné de plusieurs de mes semblables. Notre marche nous avait conduits au travers d'incroyables paysages. Les frimas avaient remplacé la torride chaleur des pays de Suladãn. Le désert sans fin s'était transformé en étendues herbeuses dominées par des pics enneigés.

Un coup d'aiguillon me ramena à la réalité, m'obligeant à me positionner au premier rang de l'immense armée qui m'entourait.

Je frissonnai et jetai un regard à mes congénères qui m'avaient rejoint.

Leurs regards étaient braqués sur l'incroyable cité enroulée comme un serpent nacré au pied de la montagne.

Les rayons du soleil faisaient miroiter les épées et cuirasses des combattants en arme massés sur les mâchicoulis.

Piètre défense, alors qu'autour de moi et jusqu'à perte de vue, de petites créatures en armes s'apprêtaient à monter à l'assaut de la citadelle.

La ville n'avait aucune chance.

Cette fois, l'aiguillon me frappa au sommet du crâne.

C'était le signal.

Levant ma trompe, je poussais un barrissement tonitruant qui raisonna sur les flancs déchiquetés des montagnes. Il fut repris par des milliers de gorges : aujourd'hui, une nouvelle ère verrait le jour, pour le meilleur ou pour le pire.

Le premier, je m'élançai.

Quel était mon but ?

Pourquoi participai-je à cette guerre qui ne me concernait pas ?

S'agissait-il de la promesse du repas qui attendait les survivants une fois rentrés au camp ?

Etait-ce pour prouver ma virilité, ma force, ma valeur ?

A qui ?

Non, la seule raison qui me faisait charger les malheureuses créatures bipèdes qui entonnaient leur champ de guerre, c'était la liberté.

Jamais personne n'avait été assez téméraire pour me piquer en plein combat.

Les prochaines heures seraient à moi, et à moi seul.

A mes côtés, mes comparses couraient, avec la même rage dans les yeux.

Euphorique, je barrissai de nouveau.

C'était la charge des Mûmakil.

A cet instant, nous étions les maîtres.





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