Chicken Fun

Publié le par Metatron

 

 CHICKEN  FUN

Par Guillaume "Oby" Woerner

 

  


Note de l’auteur :
Un texte paru dans ce fantastque fanzine qu'est l'Huitre Défaite. Les réactions furent (très majoritairement) sceptiques.  Mais  j'aime  bien ce petit délire .

 

 

 

 


 

 

 

 


Cette nuit d’avril était particulièrement douce. Les nombreux lampions colorés disposés au bord de l’étang et les buffets dressés en plein air ajoutaient à cette sensation d’été précoce. Une chorale interprétait ses plus grands succès sur une estrade devant laquelle les couples tournoyaient en rythme.

Les convives étaient nombreux, près d’une cinquantaine triés sur le volet parmi la jet set du pays, et visiblement de bonne humeur, comme l’indiquaient les rires nasillards qui fusaient ça et là. Toutes les disputes de basse-cour avaient été oubliées pour ce grand soir.

Cohen Colvert, aussi connu sous le surnom de l’Ancien, fêtait aujourd’hui son quatre-vingtième anniversaire. C’était un des plus grands politiques que le siècle ait connus et il s’était fait de nombreux amis parmi les puissants de la région. Son jabot était orné de nombreuses décorations indiquant une vie de travail passionnée au service de l’autre : chevalier de l’ordre du mérite, palme d’or de Canne… Il était vêtue simplement d’une queue de pie d’un bleu-sombre discret, et allait nue tête. Il reprouvait la mode lancée par ces jeunes coqs d’aller et venir habillés de couleurs grotesques sans jamais se découvrir devant qui que ce soit. Mais il n’était pas un vieux chnoque et ne leur en tenait pas rigueur. Ah ! La jeunesse…

Un trio de petites poulettes dirigées par leur gouvernante vinrent d’ailleurs à sa hauteur pour lui offrir un bouquet de fleurs sauvages et souhaiter les vœux d’usages, très intimidées par le vieil oiseau qu’il était devenu. Cohen, conscient de leur gêne et tentant de les dérider,  les accueilli avec son proverbiale sourire en coin.

Son petit-fils arriva à leur suite et lorsqu’elles se furent écartées, il lui rappela qu’il était temps de couper le gâteau et de prononcer son discours.

Cohen acquiesça et, avec l’aide de sa canne, se dirigea vers la scène. La chorale finit sa chanson sur un mélodieux trémolo, et les conversations cessèrent (à l’exception des deux perruches bavardes qui lui tenaient lieu de cousines). Un silence respectueux s’installa. Cohen commença son discours d’une voie rocailleuse mais enjouée :

__ Coin coin coin ! Coin coin coin coin coin, lança-t-il à la foule de ses amis. Coin coin coin, coin coin coin.

Un discours court mais précis comme les aimait le vieux canard. Un tonnerre d’applaudissement salua son élocution. Le cochon-cuistot entreprit alors sous les vivas de la foule de couper le gâteau alors que la chorale de rainettes entonnait joyeux anniversaire.

Publié dans Divers

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