Les Vivants d'Achéron (3/3)

Publié le par Guillaume Woerner

Les Vivants d'Achéron

Partie 3

 

 

Par Guillaume "Metatron" Woerner

 

 

Partie 1

Partie 2

Partie 3

 



 

8e jour de la mouche

Je n’arrivais pas à dormir. Du coup, à force de me retourner sous ma bure, je me suis levée pour croquer une racine.

A ce moment là, j’ai vu un mouvement dehors, du côté de la forêt.

J’ai cru que les goules revenaient et j’allai crier quand la lune a fait scintiller une armure.

J’ai cru défaillir en reconnaissant les épaulettes en forme de serres des Griffons !

Ceux là portaient de longs manteaux noirs et des masques étranges qui leur donnaient un air de marionnette.

Apparemment, ils se dirigeaient vers le Nord Ouest. Peut être pour rejoindre la capitale du Bélier ? Au village, on m’avait raconté une histoire de faucheurs des baronnies renégates du Lion qui avaient réussi à s’introduire jusque dans le palais de la famille de Vanth !

Les fous !

Quand on sait que notre gouverneur, le Seigneur Crâne Dominatrus, a fait tapisser sa salle de garde avec la peau de deux voleurs de gemmes…  Alors imagine des ennemis traîtres à son Excellence Feyd Mantis en pleine tentative d’assassinat de maîtresse Ejhin !

Le bruit a couru que les morceaux de leurs corps ont été progressivement exposés sur la grande porte des Toges Noires. Comme j’aurais aimé y être…

 Enfin, c’est amusant que je raconte tout ça, parce que quand j’ai vu les Griffons, je ne pensais plus à rien. Je n’osai même pas bouger.

Ils se sont accroupis juste sous notre fenêtre et j’ai entendu leurs murmures dans la langue barbare de leur dieu.

Puis, comme un seul homme, ils se sont relevés et ont bifurqué vers le Nord.

Rapidement, ils ont disparu dans les ténèbres, comme s’ils s’étaient évaporés. J’allai remonter avertir Père, quand je l’ai aperçue.

De la vieille colonne délabrée au sommet de la colline s’est extirpée la plus grande créature que j’ai jamais vue.

Andrayath, la légendaire gargouille protectrice du village, s’arrachait à son repaire pour nous sauver des envahisseurs. C’était fantastique : elle se découpait sur la lune, menaçante comme une pointe de curare.

Elle a humé l’air, puis s’est élancée dans les airs, sans un son.

Elle a plané elle aussi vers le Nord pour ensuite tournoyer quelques instants. Puis elle a plongé comme une pierre vers le sol.

Je n’ai pas pu voir la suite.

Un coup de feu a retenti et des bougies se sont allumées chez tous nos voisins. Personne n’a osé sortir de peur des Banshees qui errent dans les campagnes la nuit mais j’ai vu les visages se presser aux fenêtres.

Je suis sure d’avoir été la seule à vraiment comprendre ce qui se passait.

9e jour de la mouche

Juste un mot pour dire que je suis allée là d’où j’ai supposé que le coup de feu était parti. Il n’y avait rien,  mis à part des bouts de branches brisées et des traces de pas dans la poussière du sol. Quelques morceaux d’étoffes traînaient dans les ronces.

Puis je suis montée sur la colline pour rendre hommage à notre vieille Andrayath. Autour de la colonne pleine de fissures et toujours brisée à son sommet, il y avait des pierres que je jure n’avoir jamais vue auparavant. Dans les reliefs de l’une d’elle, je suis sure d’avoir reconnu l’un des masques des Griffons hier soir.

Cette nuit, je vais dormir sur mes deux oreilles : je sais que quelqu’un veille sur nous pendant notre sommeil.

Nuit des morts

Aujourd’hui est un très grand jour.

C’est la nuit des morts.

Toute la famille est réunie, sur dix générations. Nous sommes une soixantaine à la ferme. Nous avons dîné entouré des squelettes de nos parents et ancêtres… D’après Mère, depuis l’année dernière, toute la onzième génération est tombée en poussière et la dixième a été bien entamée, puisque Grand Papa Stombre, le guerrier Crâne, a disparu lors d’un combat contre une escouade d’orques dans les monts du Béhémoth.

Mais le repas a été très gai, puisqu’un nécromant du comté voisin a exhumé trois grands oncles, qui avaient disparus depuis une quarantaine d’année lors d’une rébellion contre le Seigneur Dominatrus. Vu l’état de leur crâne, leur mort n’a certainement pas été douce…

Au dessert Sadân a annoncé une nouvelle fantastique !

Sire Marguth l’a choisi comme écuyer.

Mère en a pleuré de joie.

Quand en plus mon frère a annoncé qu’il allait rejoindre un bataillon à Kaïber, j’ai cru que Père allait s’évanouir.

Nous avons dansé jusqu’à l’aube et fait une grande gigue squelettique.

Deux cierges ont été allumés, un pour Salaüel et un pour Bélial, afin qu’ils daignent maintenir l’âme de Sadân attachée à ses os.

Sadân part tout à l’heure.

Bonne chance Grand Frère !

 

Publié dans Chroniques d'Aarklash

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